L’urgence de développer des chefs de la Présence

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Temps de lecture estimé 5 min.

Pas un seul jour ne passe dans l’actualité sans que nous soyons les témoins passifs, parfois actifs, de nouvelles fracassantes qui repoussent, soit les limites de l’horreur, soit les frontières de l’innovation. Notre monde est désespérément à la recherche d’un nouveau modèle de société. Ce besoin est accéléré par les nouvelles technologies notamment. Pourtant la majorité des acteurs aux commandes tiennent au statu quo parce que le pouvoir confirme indéniablement, depuis des millénaires, que nourrir l’ambition est finalement une utopie puisque c’est un appétit insatiable. Or, le chef de la Présence a un seul appétit : celui de l’atteinte de la mission fondamentale de son entreprise. Il se pose comme un ardent défenseur des valeurs, un exemple de ces valeurs, et il sait que l’éthique (ou le manque) a un coût. Il fait les choix difficiles en priorisant ses employés et ses clients avant les actionnaires, ceux que j’ai surnommés les terroristes de la Présence. Bien sûr, il faut adapter le vocabulaire au contexte du leadership, je me concentrerai dans cet article sur les chefs d’entreprises, mais tous les leaders sont concernés.

Où sont les chefs de la Présence?

C’est une question qui se pose depuis fort longtemps. J’écris d’ailleurs depuis 9 ans sur ce sujet et d’autres sujets connexes dans mon blogue. Je ne sais pas si vous avez déjà lu le livre de Ayn Rand, Atlas Shrugged (La grève, ou la révolte d’Atlas), ou visionné le film en trois parties, sinon je vous le recommande vivement. Sa vision exprimée en 1957 se matérialise lentement, mais sûrement, près de 60 ans après la sortie critiquée de son livre. Boudé par l’establishment à l’époque, ce livre sorti des boules à mites à titre de succès posthume prouvera que la vision d’une femme pouvait être non seulement percutante et criante de vérité, mais empreinte d’une lucidité et d’une vision dénonciatrice du modèle de la société interventionniste dans laquelle nous vivons depuis trop longtemps. Ce livre est le 2e plus lu après la bible aux États-Unis, c’est dire à quel point plusieurs partagent la vision de cette femme que j’ai découverte avec fascination l’an dernier et qui a proposé la philosophie objectivisme. Je n’en revenais pas. Le fondement est simple : nul n’appartient à qui que ce soit. Le crédo du protagoniste, John Galt est :

« Je jure, sur ma vie et sur l’amour que j’ai pour elle, de ne jamais vivre pour les autres ni demander aux autres de vivre pour moi. »

J’ai donc creusé davantage la découverte de cette femme, de ses motivations, et du pourquoi elle a eu tant de difficultés à réussir à passer son message à l’époque et pourquoi aujourd’hui il est si pertinent. Les altermondialistes veulent changer le monde, Les Gates, Jobs et Zuckerberg de ce monde voulaient aussi le changer, et ils ont réussi à changer nos paradigmes et à remplir leurs poches plus que tous les leaders avant eux. Mais tous ces mouvements pour changer le monde sont menés par la volonté de jeter les modèles économiques déficients par-dessus bord et pour les remplacer par quoi au juste? Nous avons tous envie de changements positifs, mais pour aller où et suivre qui? Nous avons un pied sur le quai et l’autre dans le canot, il faut faire un choix. Les chefs de la Présence savent guider et proposer une direction à leurs équipes, communautés, citoyens, etc. qui respecte les humains et l’environnement.

Et si les chefs de la Présence adoptaient des valeurs féminines

Ayn Rand est une femme d’exception, une Nostradamus économique moderne, née un peu trop avant son temps. Si elle avait écrit ce livre aujourd’hui, je ne sais pas comment son message aurait été reçu, mais de visionnaire de son état, elle aurait sûrement été qualifiée d’altermondialiste, ou autre sobriquet que je tairai. Mais si un homme avait écrit ce livre? J’avoue me poser la question. Il aurait sans doute suscité davantage d’attention et d’encensement. Je ne dis pas que la proposition d’Ayn Rand est parfaite, mais elle est assurément axée sur une vision féminine du pouvoir. Son héros, John Galt, est l’image du parfait leader. Elle a choisi un homme comme héros, mais l’héroïne secondaire est une femme. Le chef de la Présence tel que je l’explique dans « Le nouveau P du marketing : la Présence » endosse justement les valeurs féminines. Nul besoin d’être une femme pour croire aux vertus du capitalisme féminin, il suffit de croire que le future s’écrit avec « e » et qu’il est assurément relationnel. Je lisais un article sur les 5 raisons pourquoi les femmes assurent mieux le service à la clientèle que les hommes. Il semble que nous reconnaissions facilement les qualités de servitude de la gent féminine dans notre société, dommage que peu de dirigeants ne semble comprendre que diriger, c’est avant tout servir.

 

Selon plusieurs, le défi serait d’amener plus de femmes dans le haut de la pyramide et de transformer les hommes qui y sont déjà. Pour ce faire, on dit que les femmes doivent développer l’ambition pour prendre les commandes de notre société. Le problème est que l’ambition est avant tout un besoin de l’égo et il ne semble y avoir aucun lien avec l’intelligence. Cet article sur le lien entre intelligence et la particule du succès vous expliquera plus en détails. Malheureusement, la majorité de celles qui parvient au sommet, devient à brève échéance une copie conforme, ou parfois pire, de ceux qu’elles ont critiqués avant elles. Le pouvoir est une puissante drogue et rares sont ceux ou celles qui échappent à sa dépendance. J’aime croire que ce capitalisme féminin, peut-être en lien avec la philosophie de l’objectivisme proposée par Ayn Rand, ne fournirait pas une mascarade pour répéter les erreurs des leaders à cravate avant elles. Sans mettre de lunettes roses, il faut bien admettre que le monde a besoin de féminin sacré. Regardez le statut de la femme ailleurs que dans les pays démocratisés, c’est révoltant. Et si on essayait de féminiser notre société, maintenant que les terres sont conquises et que le défi est de maintenir la paix et protéger les plus faibles?

L’égo mène le monde

Qui pourrait être un leader rassembleur dans cet océan d’égos qui cherchent tous à briller plus fort les uns des autres. Je suis coupable de cette envie de changer le monde. Un dilemme cornélien, puisque que si je réussis à ma façon, on me taxera sans doute d’égo à mon tour. J’ai écrit un livre pour donner le goût aux PDG, aux entrepreneurs et marketeurs de devenir des chefs de la Présence afin qu’ils apprennent à compter sur les employés et leurs clients au lieu de compter leurs valeurs boursières. J’ai voulu parler de marketing de sens en 2010 lorsque les entreprises entraient de plein fouet dans l’ère numérique et sociale afin d’éviter les dérives tentantes de prendre davantage au lieu de donner et d’apprendre à échanger. J’ai assisté à ma façon aux refus voilés de ma propre communauté d’affaires de faire la promotion de mon livre parce qu’il est dérangeant pour ceux qui ne veulent pas envisager le changement exigeant de mettre l’égo de côté. Je parle justement de l’égo des marketeurs et des dirigeants.

 

Un journaliste m’a interviewé la semaine dernière pour un article sur mon livre. Deux ans après la réédition, il me dit : « …nous ne faisons jamais cela des articles si loin après la sortie d’un livre, mais je crois que les messages qui s’y retrouvent doivent être diffusés, et personnellement j’ai adoré! ». J’étais enchantée, mais aussi triste de constater que le message passait encore une fois par le cœur d’un client, ou d’un employé, mais pas par le cœur d’un dirigeant. Bien sûr, un journaliste a le pouvoir d’influencer, mais ce livre, ce sont les décideurs qui doivent le lire. J’ai eu quelques petites victoires au fil du temps, mais je vous le dis, changer l’ordre établi est un sacré défi qui ne peut pas se réaliser sans un mouvement collectif dans la même direction.

Quelle est la direction à prendre?

Malheureusement, les leaders ne veulent pas céder à la tentation d’empocher plus. Ils arrivent tous à oublier d’où ils viennent, mais ils savent tous ce qu’ils veulent. L’an dernier, j’ai été approché par un multi millionnaire à l’égo démesuré. Il veut changer le monde et redonner de ce qu’il a pris à la société. Il ne le dit pas comme ça, mais il veut être en paix avec son âme. Il avait un méga projet pour aider les « changeurs » à changer le monde. Évidemment, la réussite de ce projet donnera des moyens à des révolutionnaires de révolutionner, et ainsi s’organiser pour créer un maximum d’effets dans le but de changer les choses. Il est un fournisseur d’armes de révoltes sociales au dessein noble bien sûr. Au passage, il souhaite encaisser le pactole faut-il le préciser. J’avais été séduite par l’idée de départ et je voulais participer à ce projet aux apparences nobles. À force de me faire refuser les améliorations pour élever le projet aux dimensions des valeurs qui collaient avec ma vision, j’ai compris que c’était une simple opportunité d’affaires. Mon point est simple : pas un seul homme d’affaires riche (ou une femme riche) ne fait les choix par pure bonté d’âme, c’est tout au plus un bonus pour les caméras. Même les altermondialistes qui veulent changer le monde visent à prendre le pouvoir, et le mettre aux commandes de quel égo au fait? La série « Divergences » fait réfléchir à cette question. La bonne direction est sans doute celle qui permettra de rétribuer les talents à leur juste valeur et à leur juste contribution dans la société et à redonner à la nature ce qu’on lui vole. Un leader qui est en haut de la pyramide mérite-t-il 25 à 50 fois le salaire du moins payé dans sa société?

Soit le changement que tu veux voir dans la société

Dans ce monde en manque de sens, il en revient à chacun de nous de se respecter dans ses valeurs. Il ne faut pas juste « ne pas avoir l’intention de » faire mal, abuser, profiter des autres, etc., il faut avoir l’intention de faire le bien, de se tenir debout pour faire respecter ses valeurs, de faire des gagnants et des heureux autour de nous. Lorsque nous sommes en affaires, c’est primordial de devenir le chef de la Présence. Quelle que soit l’appellation que vous en faites, diriger, c’est d’abord servir, et non se servir! C’est fermer le courant électrique et voir tout de même briller la flamme intérieure!

 

Quel genre de leader êtes-vous? Connaissez-vous des chefs de la Présence?

Blogue La Présence des idées

 

 

 

 

5 réflexions sur “L’urgence de développer des chefs de la Présence

  1. WoW Mme Bédard, excellent article!

    Vous résumez très bien une triste réalité ainsi que des belles pistes. J’ose encore espéré que nous sommes plusieurs à être sincère et non mercantile dans nos approches.

    Merci pour ce que vous faites, c’est très bien écrit et j’espère portera à réflexion, non seulement la masse mais aussi les dirigeants. Tout comme vous je suis souvent très désolés de constater que plusieurs ne comprennent pas et malheureusement leur attitudes se reflète et ternie l’équipe entière.

    Bravo et au plaisir un jour de vous croiser,

    Karim

    Karim Sénoussi Pro-Conseil.com 1-844-CONSEIL

    1250, René-Lévesque Ouest, suite 2200 Montréal, Québec, H3B 4W8

    >

    • Merci pour ces beaux commentaires! La meilleure façon d’aider à déployer les messages et créer le changement est de partager avec votre réseau. Bien sûr, offrir mon livre lol..à votre patron, ou à qq qui aurait besoin de réviser ses priorités.

      Encore merci! C’est ma seule récompense de toucher des gens.

      Sylvie 🙂

    • Merci pour vos bons commentaires! Je suis contente de savoir que mon message se rend dans les milieux qui peuvent influencer! Je vous invite à lire la suite dans mon article cette semaine.Et n’hésitez pas à partager, c’est le plus beau salaire! 😉

      Au plaisir!

      Sylvie B.

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