Et si le passé composé était le futur composé?

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J’ai toujours été fasciné par l’espace et le temps. À constater le nombre de séries et livres sur ce thème des voyages dans le temps, je ne suis assurément pas la seule à être intriguée par l’espace-temps. Récemment, j’ai écouté les deux saisons de Plan B, une série québécoise. Vous ne connaissez pas? En gros, Plan B est une agence de voyage dans le temps qui permet, moyennant un frais proportionnel au nombre de jours dans le passé, de vous transporter à un moment précis dans votre passé où vous pourrez sans doute changer le cours de votre histoire.

Ce qui m’inspire ce billet aujourd’hui, c’est justement un constat très percutant que j’ai réalisé en écoutant la série Plan B. Si j’avais à faire un tel voyage, à quel moment précis je souhaiterais revenir en arrière pour corriger les erreurs du passé? Figurez-vous que je cherche encore.

Non pas que je n’ai jamais fait d’erreurs, bien au contraire. J’ai tellement appris avec mes erreurs que je songe à en faire d’autres lol! Justement, mes erreurs m’ont amené là où je suis aujourd’hui et j’assume tous les choix que j’ai faits, les bons comme les mauvais. Bien sûr, si je pouvais revenir en arrière, avec mes connaissances actuelles, il est fort à parier que je prendrais probablement quelques décisions différentes sachant d’avance avec qui je fais affaire. En fait, je profiterais de l’occasion pour faire encore mieux et tirer parti de la situation.

Tout ça bien sûr est de la science-fiction, mais imaginons un instant que notre Présent soit le passé de notre futur! Que chaque geste important nous amène à nous poser la question : dans 10, 20 ou 30 ans, est-ce que je voudrais revenir en arrière pour corriger ce choix?

Euh! Un instant! N’ajustez pas votre appareil! Deux options ici : relire ou continuer à lire!

L’histoire se répète?

Pour poursuivre ma réflexion, je vous raconte une anecdote vécue au début de ma vingtaine. J’étudiais à l’université et ma voisine de chambre dans ma résidence sur le campus étudiait en histoire. Pour une étudiante en administration des affaires, option marketing, hyper tournée vers l’innovation, elle était un peu l’équivalent d’une hippie en poncho de macramé sans grand avenir. Oui, chaque époque porte ses préjugés, mais nous voici, elle et moi, dans un débat lancé avec une de mes questions qui tue : « Qu’est-ce que ça donne de perdre son temps avec le passé, c’est l’avenir qu’il faut regarder! ». Nous voilà quittes pour un argumentaire qui résonne encore dans ma tête aujourd’hui.

Mine de rien, elle avait réussi à me convaincre que les historiens étaient les gardiens du passé afin d’éviter de répéter les mêmes erreurs. Bon, j’admets que le terme gardien quoique pompeux est bien choisi, mais pour nous éviter de faire les mêmes erreurs, là c’est un peu fort. Qui écoute les historiens? D’ailleurs, en découvrant qui écrit l’histoire, nous pouvons déjà comprendre quel biais y sera incrusté. Mais, au-delà de tout ça, les conteurs du village, les passeurs du savoir comme les sages des tribus ancestrales ont toujours assuré la transmission des connaissances d’une génération à l’autre. Comme s’ils avaient toujours été conscients de leurs responsabilités envers les générations futures.

L’idée de l’histoire est justement ne pas oublier afin de ne pas répéter les erreurs du passé. Cette responsabilité est écrite dans leur ADN. Ne dit-on pas : savoir c’est pouvoir? Apprendre à chasser ne s’est jamais appris dans Google ou YouTube. Pas plus que le savoir-être, le savoir-faire, le savoir dire, le savoir écouter et j’en passe. Notre société ne sait même plus reconnaître la vérité, elle aime les histoires, mais ne se soucie guère de qui les colporte. Quel est le rôle d’un historien à l’ère Internet? Bonne question, mais n’attendez pas de réponse ici. Je rappellerai simplement que si nous prenons le temps de comprendre notre passé, d’où on vient, quelles sont nos racines, notre histoire, peut-être que nous prendrons de meilleures décisions.

Urgence collective : chacun écrit l’histoire

Hier, je parlais à un client de l’importance de traiter les employés comme des clients. En période de pénurie de main-d’œuvre, ce consultant en management collaboratif en sait quelque chose. Lorsque les incendies se déclarent partout dans un lieu, les exercices d’évacuation deviennent plus fréquents, comme les inspections de système d’alarme et de gicleurs. C’est la même chose avec la pénurie de main-d’œuvre, tout à coup on se soucie davantage de la rétention de la main-d’œuvre qualifiée puisque la dotation est devenue un véritable casse-tête et le nerf de la guerre. Pourtant, depuis minimum cinq ans qu’on parle à chaque occasion du tsunami de la pénurie aussi prévisible qu’une horloge suisse à cause des statistiques démographiques.

Imaginons maintenant qu’il y a 5 ans, par simple projection dans le futur, que les dirigeants avaient ressenti dans leurs tripes, et leurs résultats, les douleurs et les conséquences de la pénurie. Croyez-vous qu’ils auraient géré les choses de la même façon? Croyez-vous qu’ils auraient négligé leurs meilleurs employés, comme s’ils étaient des ressources remplaçables et acquises? Bien sûr que non! De la même façon, croyez-vous que les conseils d’administration pressés d’obtenir des résultats auraient saccagé autant de belles entreprises en coupant des têtes de manière sauvage et irréfléchie?

C’est prouvé qu’après des coupes sauvages, les bonnes performances artificielles ne durent pas plus que deux ans et s’en suit une dégringolade financière faute de main-d’œuvre compétente. Normal, dans les coupes sauvages, c’est le savoir de l’entreprise qu’on met au chômage. C’est rare que les coupes touchent les juniors. Pourtant, cela fait très longtemps que cette manœuvre est comprise et analysée comme étant une catastrophe, et on le fait encore.

La prospective pour sauver le monde

Il y a longtemps, j’ai rencontré un prospectiviste. Après avoir lu mon livre, « le Nouveau P du marketing : la Présence« , il m’a dit : tu es prospectiviste sociale. Euh!?! Explications SVP! Je découvrais le mot : prospectiviste dans un contexte totalement nouveau.

La prospective telle que définie par son concepteur Gaston Berger est considérée comme la science de « l’homme à venir » qui vise à préparer le futur de l’être humain. Il ne s’agit pas d’une prédiction de tendances, ou d’un art divinatoire, mais bien d’élaborer des scénarios possibles et impossibles en fonction des données disponibles au moment de la perception. La prospective nous rappelle que l’avenir n’est pas la suite du passé sur une ligne continue et immuable. La prospective est une analyse itérative qui s’effectue en continu afin de prévoir le futur probable selon une foule d’angles. La prospective ne modifie pas le futur, elle se base sur le passé et le présent pour entrevoir le futur. Quoi que les scientifiques puissent élaborer des scénarios basés sur des algorithmes, ils ne sont pas des prospectivistes, au mieux, ils nourrissent un des angles de l’analyse holistique.

Si l’idée de l’histoire est justement ne pas oublier afin de ne pas répéter les erreurs du passé, la prospective nous rappelle que ce n’est pas l’histoire qui se répète, mais bien les comportements humains qui se reproduisent.

Donc, en se projetant dans un futur probable après une analyse minutieuse, il est possible de prendre de meilleures décisions comme si nous voyagions dans le temps et que nous revenions en arrière pour agir pendant qu’il est encore temps.

C’est le présent qui est garant de l’avenir

J’ai passé ma vie dans le futur projeté. Un jour, j’ai réalisé que je devais cesser de préparer mon futur et vivre mon présent. J’ai pris conscience de la Présence et ses effets hyper fondamentaux dans tout ce qu’on fait, à chaque instant. Parce qu’à chaque instant, nous préparons notre futur individuel, mais aussi collectif.

prospectiveUn vieux proverbe africain dit : « Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants. » Dans ces sages paroles se cache l’idée de la prospective. Si chacun de nos gestes se voulait un geste passé du futur de nos enfants, des générations à venir, comment agiriez-vous aujourd’hui? Est-ce que vos gestes deviendraient un moment du passé à corriger dans le futur de ceux qui en subiraient les conséquences? Un prétexte à l’agence Plan B?

Il nous faut des prospectivistes à la tête de nos gouvernements, et ce, pour plusieurs raisons.

  1. Notre avenir est prévisible si nous apprenons à lire notre environnement de manière holistique. C’est leur devoir et leur rôle de guider leurs citoyens.
  2. Si nos politiciens apprennent à simuler le voyage dans le temps, ils pourront prendre des décisions beaucoup plus conséquentes. Évidemment, l’idée n’est pas d’un voyage pour être réélu, mais pour prendre la bonne décision collective.
  3. Il nous faut nous élever au-dessus de la machine parce que l’intelligence artificielle fait tout le contraire: elle prend les données du passé pour apprendre en décortiquant les décisions d’hier. Comment ces pixels apprendront-ils le futur, si le tout est traité comme une suite du passé nourrit par un apprentissage en temps réel inconséquent du futur (deep learning)?

Nous devrions donc exiger que chaque décision portée au vote de nos élus ait une dimension temporelle. Selon une approche prospectiviste, démontrer les scénarios probables dans un horizon de 5, 10, 20 ans au moins. Que les dirigeants ne soient plus récompensés sur les actions à court terme, que les politiciens soient redevables pendant et après leur mandat et que nous amenions une dimension de responsabilités dans le temps. J’ai souvent parlé de la notion de référendum sur les décisions qui affecteront les générations à venir. Cette mécanique utilisée en Suisse permet aux citoyens de prendre la responsabilité collective pour les décisions ayant un impact futur. Certains prétendent que la Suisse en fait trop, et les citoyens participent de moins en moins à ces référendums très fréquents, mais ils ont l’opportunité de faire entendre leur voix au-dessus des lignes partisanes. Il doit bien y avoir un juste milieu entre trop et aucun.

Notre monde change tellement vite, notre seule issue est de mettre en place des mécanismes de démocratie qui tiendront en compte la prospective. Actuellement, nous sommes (gouvernements et citoyens) poussés par les grandes multinationales vers la 5G, l’intelligence artificielle et les priorités oubliées de l’écologie avec très peu de mécanismes pour encadrer cette course effrénée contre nous-mêmes. Les pertes d’emplois ont déjà commencé et ce n’est qu’un début.

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai la profonde certitude que nous sommes les acteurs les plus importants pour le futur que nous aurons dans 10 ou 20 ans. Il y a aura un jour, des gens dans le futur qui se demanderont comment nous avons pu être aussi ignorants et irresponsables. Peut-être pas non plus… à vrai dire, nous le saurons dans 10 ou 20 ans.

L’avenir commence maintenant

J’ai déjà utilisé cette signature avec un client. Elle s’applique à toutes les entreprises, les gouvernements et les individus. Greta est peut-être une voyageuse du temps venu du futur pour changer les choses, ou elle est peut-être simplement assez lucide pour voir l’urgence de la situation. Les défis sont si grands et urgents partout qu’on semble avoir trouvé l’inertie en guise de solutions. Partout, nous glorifions les YOLO (You Live Only Once) et les vertus de l’égocentrisme. Après tout, c’est vrai qu’on ne vit qu’une seule fois et aussi bien en profiter.

la force du nombreLe quotidien est déjà assez pénible pour plusieurs sans penser à demain. Mais cette façon de vivre comme si nous avions abdiqué sur notre rôle pour le futur composé, peut-être pour survivre à l’anxiété suscitée par le futur, soulève énormément de questions. Il ne faut pas confondre le plaisir du moment présent avec l’anesthésie du futur. La société est inerte devant ses écrans, médicamentée pour la moindre incapacité à gérer la vie et son quotidien. Nul doute que nous sommes sérieusement en danger de devenir le pire cauchemar du futur si on continue à vivre comme si nous n’avions aucune influence pour le futur.

Oui, il y a des voix qui s’élèvent, des mouvements qui prennent forme, mais ici l’anarchie n’est pas la solution. Le système est usé, inefficace, mais il est le seul que nous ayons. C’est à nous de le changer et d’utiliser les mécanismes que nous avons pour exiger des comptes. Personne ne voudra jamais quitter un système sans en prévoir un meilleur. À nous, de le rendre meilleur! Ça commence avec chacun d’entre nous, à chaque instant, et ce, pour tous les dirigeants, entrepreneurs, politiciens, fonctionnaires, et influenceurs.

À toi de jouer… comment imagines-tu ton futur composé? Comment peux-tu commencer à y mettre ton influence?

Essaie juste de te projeter dans 5 ans si tu continues à vivre de la manière que tu vis maintenant…. Imagine! Ou mieux, prend un instant, et imagine-toi, il y a 5 ans, le même jour et regarde si tu ferais les choses différemment. Va plus loin encore, il y a 10 ans ou commence par un an si c’est trop difficile. Tu verras que ton passé composé est définitivement ton futur composé.

Bon voyage dans le futur et dans la conscience du présent!

 

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