Une décennie à parler de Présence, que nous réserve la prochaine?

NOUVEAU : VERSION PODCAST (audio)

Comme à chaque année en cette période, nous voyons un peu partout les bilans de l’année qui se pointent le nez ici et là. Le Bye Bye 2019 est déjà probablement terminé ou pas très loin de l’être et pourtant, décembre commence à peine et Dieu sait qu’il pourrait être plein de surprises. Je n’y échappe pas. D’autant que ça fait 12 ans, que j’ai commencé à écrire des articles et je démarrais mon blogue sur la vie 2.0. Je me suis très vite posée en évangélisatrice de la nouvelle ère « branchée » et avec mes conférences et mes formations, je me sentais comme le messie qui annonce une nouvelle ère de connexions merveilleuse et remplie de promesses. Je suis donc à l’heure des bilans moi aussi, et je trouve que la conjoncture de 12 ans, rime bien avec l’urgence de la Présence, il est comme 12:00 moins une disons! Sans compter le tournant d’une décennie en 2020. Il faut donc s’arrêter et réfléchir.

Une décennie d’espoir à croire au meilleur de l’humain

En dix ans, nous avons radicalement changé nos habitudes de vie. Ne serait-ce que notre rapport avec les écrans qui dominent nos vies. Autant je faisais l’apologie des bienfaits d’être connecté partout et en tout temps, autant le constat est maintenant inquiétant. Je croyais que la Présence qui me tient tant à cœur triompherait naturellement avec le bon sens et les bonnes intentions, mais non! Je crois que la Présence dont je fais la promotion à chaque occasion n’a jamais été aussi nécessaire vu l’absence que tout le monde offre aux autres. En cette ère du FOMO (Fear Of Missing Out – peur de manquer quelque chose) et de la mobidépendance, nous pouvons dire que la route de la connexion a perdu le Nord. Voulant être connectés en tout temps, en tous lieux et avec tout le monde, nous avons oublié le monde autour dans lequel on vit au point d’être dorénavant seule parmi cette foule.

À force de croire que le chemin le plus court et le plus rapide est le meilleur, nous avons oublié la satisfaction de l’effort et du désir et ses effets enivrants lorsque nous atteignons l’ultime objectif tant convoité. Encore pire, devant la panoplie d’options à porter de main, même le sexe à la carte littéralement au bout des doigts, nous en sommes devenus nous-mêmes à ne même plus savoir ce que l’on désire réellement. D’ailleurs, de nombreuses applications nous rappellent soit une partie de Scrabble à une heure précise parce qu’habituellement nous jouons à cette heure-là ou soit qu’il est temps de bouger, car nous sommes assis depuis trop longtemps, et ce, sans compter les nombreuses alertes pour tout qui mine de rien atrophient nos capacités spatio-temporelles. Nos chemins neuronaux changent et honnêtement je ne crois pas que ce soit pour le mieux. Déjà les enfants en sont le plus affectés, et nombreuses sont les études qui prouvent les ravages des écrans sur le cerveau en développement de nos petits.

Si vous avez écouté les épisodes de Black Mirror, nous sommes arrivés à la réalité qui dépasse la fiction en Chine avec le système de pointage établi pour mesurer le comportement social. Ces crédits sociaux auraient déjà privé des millions de trajets en transports publics à des Chinois mal cotés et sur des listes noires. Je vous jure que ça donne des frissons. Ça ne passerait pas ici me direz-vous, eh oui je serais la première à faire une Greta de moi-même, mais Dieu du ciel, des millions de personnes en sont victimes en ce moment dans un pays où les droits de l’Homme sont une utopie.

Au cours de la dernière décennie, nous avons vu le GAFAM tuer petit à petit le commerce du détail, les médias, l’industrie de la musique, l’industrie du voyage, et les dommages collatéraux sur le PIB des pays touchés n’ont pas cessé de s’accumuler. La pollution n’a pas cessé non plus d’augmenter et l’obsolescence programmée intentionnellement par les fabricants d’appareils électroniques a de quoi faire rougir de honte les esprits moindrement conscients. Je ne parle pas des emplois perdus avec l’automatisation.

Nous pouvons affirmer que le bilan des dernières décennies est plutôt moche socialement à cause des technologies et la dégradation s’est accentuée depuis dix ans.

Un regard sur l’envers de la médaille

Le secteur qui a offert le plus d’espoir est sans doute celui des biotechnologies où de nombreux handicaps semblent trouver des solutions de plus en plus prometteuses et accessibles pour aider des personnes qui ne croyaient plus aux miracles.

Nous avons aussi démocratisé les communications avec ses conséquences à géométrie variable, mais comment pourrions-nous revenir en arrière et perdre notre capacité à diffuser et contrôler le message? Les journalistes ont perdu du lustre au passage, mais le retour du balancier est prévisible avec la lutte aux fausses nouvelles. Quoi qu’il en soit, la dernière décennie a vu des despotes brûler au bûcher du tribunal public, particulièrement une horde de violeurs et de harceleurs sexuels, et dans le même élan, le vent de la droite radicale a soufflé si fort que nous avons dorénavant le sang glacé à la vue des Trump, Borsano et leurs semblables. Comment ne pas croire que les temps ont changé?

Nous avons aussi créé des rapprochements avec le monde qui nous entoure en abolissant les distances physiques. Ma famille au Saguenay n’a jamais été aussi proche depuis Facebook et jamais je n’aurais pu travailler durant mes vacances à l’autre bout du monde sans la connexion Internet.

Nous avons tellement d’outils pour nous épargner du temps que la vraie question est : que faisons-nous de ce temps libéré? Pensons à nos affaires bancaires qui consommaient un temps fou à une époque pas si lointaine ou aux applications qui nous permettent d’être plus efficaces pour la gestion de temps, de projets, de planification, de stationnement, de musique, de photos, de graphisme, de GPS, etc. Autant de temps que nous avons comme un cadeau du ciel que la plupart utilisent dorénavant pour le perdre dans des jeux, les médias sociaux ou sur Netflix.

Nous n’apprenons plus à penser, mais à dépenser. Une paresse mentale passive fait place à un décrochage social qui nous transforme en spectateurs de nos vies plutôt qu’en acteurs de nos vies. Nous avons dépassé le stade de la dépendance aux technologies, nous arrivons à la prise en charge des technologies de nos vies. Moi qui prône la Présence, je dis que nous avons dérivé sur la dépendance et conséquemment de l’absence.

Qu’en est-il de la prochaine décennie?

Après l’écriture de 353 articles dans les 12 dernières années, j’avoue que je me questionne sur la suite des choses. Le marketing numérique n’est plus à l’ère de la Présence, il est à l’heure de la tricherie. Le merveilleux coffre à outils Web est devenu l’armement des tricheurs et de ceux qui ont les poches plus pleines que les autres. Les pseudos marketeurs autoproclamés qui n’ont même pas fini leurs études secondaires nous inondent de leurs trouvailles exceptionnelles chaque jour. Même le référencement naturel est devenu une guerre à armes inégales. Bien sûr, je peux encore faire une différence, et probablement que mon livre aurait dû être écrit maintenant, car il m’apparaît évident que la Présence est la seule solution à tous ces écarts de comportements que les profiteurs tentent encore de nous servir. Nous sommes sans doute moins dupes, mais nous avons tous embarqué dans le TGV de la facilité. Donc, valider des informations, faire des efforts de comparaison, ou même simplement accorder notre attention aux petits caractères, demandent tellement d’effort que les marketeurs d’antan et les nouveaux « king » du marketing en boîte sont en force, armés d’outils comme jamais auparavant. Le marketing de sens que je prône a de la difficulté à prendre la place qu’il devrait prendre perpétuant ainsi le cynisme envers le marketing.

Droit devant, le mur de l’intelligence artificielle

La prochaine décennie sera déterminante pour la société. Avec l’intelligence artificielle déjà dans nos vies, les conséquences de ces algorithmes programmés avec les données biaisées du passé et chargées de sexisme, de racisme et de discrimination de toutes sortes, seront programmées pour faire le travail de jugement des personnes d’autorité. Ces boîtes noires (comme on les appelle) seront programmées pour apprendre de façon autonome sans l’intervention humaine (deep learning). Ainsi, les cotes de crédit par exemple, ont été construites à partir des données des directeurs de banque mâles, blancs et conservateurs qui occupaient les rôles de prêteurs dans les années de la collecte des données. Depuis, les cotes de crédit ne font que confirmer leur « intelligence artificielle », car aucun prêt n’est octroyé à ceux et celles qui ne répondent pas aux critères d’antan puisque les cotes de crédit ne leur sont pas plus favorables aujourd’hui qu’à l’époque du système érigé par l’homme blanc. Ainsi, les minorités visibles, les femmes en affaires ou pas et j’en passe n’ont jamais atteint le Saint-Graal du crédit avant que les algorithmes discriminants soient programmés, et ne l’atteindront jamais. Bienvenue dans la société que nous programmons pour nos enfants et les générations à venir, une bêtise à perpétuité. Vous pouvez lire mon article qui explique d’autres exemples comme celui-ci.

Autant j’ai eu le goût d’évangéliser au début de mon blogue en 2007 sur les vertus du marketing Web et les promesses des médias sociaux, autant mon envie maintenant est de faire de moi une « Steven Guilbault » (et son Green Peace) ou une « Greta Thunberg » (et l’urgence climatique) de l’IA afin que nous évitions la dérive fracassante et irréversible qui s’annonce. J’ai zéro confiance à nos gouvernements en ce sens, encore moins au GAFAM et peut-être un peu au Yoshua Bengio de ce monde, mais comment s’occuper de l’encadrement, de la gouvernance et de l’éthique lorsque nous sommes occupés à enseigner, à programmer et à recevoir des prix? Il y a bien quelques organismes qui ont vu le jour pour veiller à l’avenir de l’IA, mais la mobilisation citoyenne sera nécessaire. Pourtant, le citoyen moyen est comme un cerf aux grands yeux figés au milieu de l’autoroute devant les phares d’une voiture qui fonce droit sur lui. Peu d’entre nous ne semble voir venir le danger et encore moins comment l’éviter.

Nous avons vu l’ampleur des dégâts dans notre économie des technologies non encadrées par les gouvernements. La plupart se réveillent maintenant au terme d’une inertie sans précédent qui aura coûté tellement d’emplois, et tuer tellement d’industrie au profit du GAFAM. Le même scénario s’écrit avec plus de virulence en ce moment et nous sommes toujours sans ministre du numérique au Canada ou au Québec. Pourtant, nul ne peut plaider l’ignorance ici. Nous finançons le GAFAM à coût de subventions pour employer nos meilleurs cerveaux afin de développer l’intelligence artificielle. Bravo! Faisons la vague! Nous sommes l’arbre qui fournit le manche à la hache, ou le bois pour l’allumette! Et nos gouvernements s’en vantent sur la place publique. (Lisez cet article pour en comprendre l’utopie)

En direction des technologies pour améliorer la Présence? Oui!

Malgré mon inquiétude amplement justifiée, je continue de croire que devant les défis colossaux qui s’annoncent à cause de la détérioration du climat, que l’IA pourrait bien nous aider à trouver des solutions à la sécheresse, au réchauffement de la planète, à la disparition des espèces, à la réduction drastique des poissons dans l’océan, et j’en passe. Trouver aussi des solutions pour aider les pays pauvres à devenir plus autonomes et à prendre leur avenir en mains avec autant de chances que nous et ainsi ralentir, voire annihiler, le cercle vicieux de la violence généralement issu de la pauvreté. Je vois le potentiel énorme de mettre tous nos génies au service de notre planète et à mieux traiter ses humains dans un esprit d’équilibre et de pérennité pour les générations à venir.

La Présence est un concept humain avant tout; les technologies doivent nous servir à être meilleurs en tant qu’humain et non pas à nous remplacer.

Je continue de réfléchir à la meilleure façon de faire ma part pour améliorer la Présence dans ce monde qui tend à se déshumaniser, aux entreprises qui tuent les petits commerces et les producteurs locaux. Je sais qu’une conscience s’élève. Nous le voyons. Nous l’entendons. Mais il faudra attaquer la source de ce problème : les programmeurs de notre destin qui armés de claviers et d’algorithmes, nous préparent un avenir selon leurs pensées, leurs biais et leur vision d’un monde meilleur… permettez-moi d’en douter! Un monde technologique où les femmes sont quasi absentes ne m’inspire guère le mieux pour l’avenir. Réveillons-nous de grâce!

Merci à mes fidèles lecteurs et lectrices depuis 12 ans, ce blogue je vous le dois! SVP parlez et levez-vous dès que l’occasion se présente et partagez ad nauseam, il faut parler plus fort que ces bêtes invisibles qui s’immiscent partout dans nos vies à notre insu. Je sais que mes textes sont parfois longs et je vais dorénavant vous offrir une version podcast de mes blogues pour les écouter durant vos déplacements, vos exercices, où et quand vous le souhaitez!

Je nous souhaite une prochaine décennie plus humaine et plus éveillée, il en va de la survie de l’humanité!

Bonne fin d’année 2019, bonne fin de décennie! Joyeuses fêtes!

Blogue La Présence des idées

11 commentaires sur « Une décennie à parler de Présence, que nous réserve la prochaine? »

  1. Bien oui, tes textes sont long, mais ça prend une certaine longueur pour élaborer une pensée. À l’ère des pubs de 15 secondes, si on n’est plus capable de lire un texte de 5 mIn., nos neurones de l’attention rapetissent! J’ai lu plusieurs de tes textes depuis 12 ans et j’ai vu ton optimiste évoluer vers une inquiétude que je partage. Mais comment arrêter ce gros transatlantique qui n’as plus de frein?
    Cette histoire de programmation sans les femmes m’inquiète au plus haut point.
    Comment peut on avoir le culot de planifier l’avenir des humains sans la moitié de l’humanité.? je pense sincèrement qu’il faudra revenir à : « Small his beautifull » de Schumacher!

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