L’effet cumulé : résister ensemble, un récit à la fois

Une vidéo très sommaire si lire est trop exigeant.

Dire que nous vivons dans une époque où l’instabilité et le chaos se sont infiltrés par toutes les fissures de notre quotidien est un euphémisme.

La liste non exhaustive de ces bouleversements touche les menaces tarifaires répétées, un véritable terrorisme économique de M. T (il ne faut plus le nommer) qui secoue notre sécurité financière, les déploiements rapides et inconséquents de l’intelligence artificielle sans garde-fou, ou le dérèglement climatique. Nul doute que notre sentiment de vulnérabilité individuel et collectif s’accumule goutte à goutte. Et osons le dire : le vase déborde.

Pourtant, le véritable danger ne réside pas seulement dans les événements eux-mêmes, mais dans la manière insidieuse dont ils modifient notre perception, érodent notre confiance et dictent nos comportements collectifs.

Le véritable danger ne réside pas seulement dans les événements eux-mêmes, mais dans la manière insidieuse dont ils modifient notre perception, érodent notre confiance et dictent nos comportements collectifs.

J’ai vu la première partie du film de Charles de Gaulle. J’ai aussi vu le documentaire sur tou.tv sur l’effondrement d’Hitler. Ceci m’a ramenée à l’idée de ce que signifie un leadership fort, qu’il soit positif ou négatif. Cette capacité à croire en nos convictions et à en convaincre les autres. Où sont nos leaders positifs et mobilisateurs?

Le général de Gaulle était seul après la prise de possession de la France par Hitler. Seul avec sa profonde et inébranlable conviction que la France n’avait pas capitulé. Du moins, tant que dans notre cœur et notre tête, nous n’avons pas capitulé. Étiqueté comme traître par sa propre France qui avait lâchement cédé à Hitler sans véritable résistance. Exilé et démis de son grade de général, il a réussi à force de petits gains, et de pertes aussi, grâce à un effet cumulé, à rendre la France libre. C’est un véritable héros. Je le découvre avec admiration.

Trop hâte à la partie 2. « Vive le Québec libre! » résonne tellement différemment après la découverte de ce personnage admirable.

De son côté, Hitler, héros assassin d’un peuple honni pendant des décennies, a lui aussi profité de l’effet cumulé. Discours après discours, exactement comme M. T qui maîtrise le mensonge comme un champion olympique, pour reprendre l’analogie citée par Hillary Clinton.

Aujourd’hui, un parti d’extrême droite dont certains discours et positions rappellent des éléments de l’extrême droite historique allemande a été élu dans l’équivalent d’une province dans l’Allemagne moderne. Là aussi, l’effet cumulé a eu raison de la haine qui s’installe comme un cancer insidieux dans trop de pays à travers des discours politiques clivants.

N’en doutons pas : le cumul de tous les discours, gestes et actions finit toujours par prendre racine dans un terreau fertile. Il faut non seulement faire attention à ses paroles, mais il faut comprendre que le mimétisme est la partie manifeste du besoin d’appartenance.

Il faut choisir ses causes. Les miennes sont claires : viser une société écohérente et un encadrement urgent de l’IA. Et chaque geste, comme écrire et rassembler des lecteurs et lectrices comme toi, fait qu’un jour, le point de bascule arrivera.

La marmite de l’anxiété et le piège de l’amygdale

Mais c’est quoi, l’effet cumulé? Dans le livre L’Effet cumulé, Darren Hardy rappelle une métaphore saisissante : celle de la grenouille plongée dans une marmite d’eau bouillante. Si l’eau chauffe de manière progressive et insidieuse, la grenouille ne réalise pas le danger, baisse sa garde et finit par cuire sans avoir cherché à s’enfuir.

À ne pas confondre avec la souris qui pédale dans le tonneau de lait jusqu’à ce qu’elle puisse s’échapper sur le lait tourné en beurre. Un autre effet cumulé en accéléré. 😉

La saturation d’informations négatives agit exactement de cette façon sur nos sociétés. À force d’entendre des âneries et de l’inacceptable jour après jour, nous finissons par devenir immunisés et insensibles à ces affronts. Nous acceptons collectivement les nouvelles normes « anormales » bêtement en haussant les épaules. La réponse classique : « Quossé tu veux qu’on fasse? » Justement, lis jusqu’au bout.

Sur le plan biologique, notre cerveau porte une structure ancestrale de la taille d’une amande : l’amygdale. Un sujet que j’ai largement expliqué dans l’article « Nous avons peur. Et si c’était la bonne nouvelle? ».

Pour rappel expéditif, l’amygdale joue notamment un rôle important dans la détection des menaces et les réactions émotionnelles qui y sont associées. Notre cerveau s’est développé dans des environnements où les dangers étaient moins nombreux et surtout passagers. Il n’a pas été conçu pour être exposé en permanence à un flux continu d’alertes, de crises, de conflits et de menaces provenant du monde entier.

Or, dans un monde hyperconnecté en continu, notre système d’alerte peut être constamment sollicité par un flux ininterrompu de nouvelles anxiogènes. À cela s’ajoute la capacité de notre cortex cérébral à imaginer des scénarios catastrophes futurs et à les rejouer en boucle, transformant une peur ponctuelle en une anxiété chronique. Je dirais même, pour la plupart des gens, en réflexe de paralysie ou en profond sentiment d’impuissance.

Mais rappelons-nous qu’on ne devient pas obèse du jour au lendemain. On cumule les kilos en trop, un gramme à la fois. La dépendance s’installe généralement par répétition. Une consommation à la fois, une cigarette à la fois, un verre à la fois. L’effet cumulé est partout dans nos mauvaises habitudes.

La dépendance aux écrans ou à la facilité de l’IA suit la même logique. À force de considérer comme normal de ne plus regarder autour de nous et de ne plus socialiser avec le vrai monde qui nous entoure, l’effet cumulé fait son œuvre. Je n’ai pas besoin de documenter ce malheureux constat de société. Nous avons littéralement « endommagé » une génération complète avec les « écrans nounous ».

Que dire de la dégradation de notre environnement? Le réchauffement climatique n’a pas monté de quelques degrés Celsius du jour au lendemain. Nous n’avons pas respecté la capacité de la biosphère à se régénérer dans une posture d’extraction sans conséquences.

La beauté de l’effet cumulé est qu’il fonctionne dans les deux sens.

L’insidieux pouvoir des menaces : l’effet « carreaux brisés »

Dans un monde où le narratif — un discours répété, même s’il est faux — est la nouvelle arme de manipulation massive, il y a un nom pour ça : la stratégie des entrepreneurs de peur.

Ces fabricants de peur — qu’il s’agisse de géants technologiques ou d’acteurs politiques qui gouvernent de plus en plus autocratiquement — utilisent une stratégie qui repose souvent sur l’anticipation.

Par exemple, lorsque la menace d’une guerre commerciale est brandie haut et fort, elle s’assoit à la table des familles bien avant qu’un seul dollar ne soit réellement perdu. Les Québécois.es et les Canadien.nes goûtent à cette médecine depuis le 5 novembre 2024. Nos amis du Groenland et bien d’autres aussi.

On refait les comptes la nuit, on annule des projets, on coupe dans l’épicerie et on commence à céder psychologiquement avant même de recevoir le coup. On se prépare au pire et on arrête les projets d’envergure au cas où.

Les politiciens en proie à une élection profitent aussi de cette préparation psychique pour se poser en sauveurs. Après tout, les univers de Marvel et de DC Comics connaissent bien la recette. Il y a toujours un héros prêt à nous sauver dans notre monde imaginaire.

Dans Le Point de bascule (The Tipping Point), Malcolm Gladwell met en lumière la théorie des carreaux brisés, qui démontre que de légers signaux de désordre physique ou environnemental invitent inévitablement à un désordre bien plus grave.

Une théorie qu’un maire de New York semble avoir appliquée pour réduire le crime à une époque. Plus on laisse un immeuble abandonné à la déchéance avec des vitres brisées, plus la permission de casser les autres carreaux intacts devient sous-jacente.

Chaque discours d’intimidation économique ou chaque algorithme déployé sans régulation agit comme un carreau brisé dans l’espace public.

Il envoie le signal invisible que les règles, la stabilité et la prévisibilité n’existent plus.

M. T est le maître incontesté du chaos. Il casse chaque jour des dizaines de carreaux. À un moment, il ne restera plus rien à briser.

En réaction, les individus se replient sur eux-mêmes dans une posture de méfiance et de survie. Nous tombons en mode économie d’énergie. Un peu comme le porc-épic en boule devant le renard.

La seule souveraineté : la discipline de nos choix et de notre attention

Face à des forces d’une telle envergure, il est facile de succomber à l’illusion d’impuissance. Pourtant, le principe fondamental de l’Effet Cumulé nous enseigne que notre vie est la somme de nos choix quotidiens, conscients ou inconscients.

Et j’oserais insister aussi sur les choix conscients puisqu’un achat, par exemple, est un choix et un vote. Un voyage idem.

Nous ne pouvons pas contrôler les décisions des chefs d’État ni la vitesse des avancées technologiques, mais nous avons un contrôle absolu sur deux choses : la discipline que nous nous imposons et l’attention que nous accordons aux événements.

Darren Hardy insiste sur la notion d’« Apport » : nous sommes littéralement ce que nous consommons, qu’il s’agisse de nourriture ou d’information. L’esprit humain ressemble à un verre : si nous le laissons se remplir d’une eau embrouillée et douteuse diffusée par les médias à sensation, tout ce que nous créerons sera teinté par cette peur.

Pour reprendre le contrôle, nous devons instaurer un filtre anti-négativité et un sevrage médiatique rigoureux :

  • Assumer 100 % de responsabilité sur notre temps d’écran et nos lectures. Et prendre l’habitude de vérifier les nouvelles. Un nouvel outil existe que je recommande : Véracité, produit par l’Université de Montréal et Mila.
  • Refuser le réflexe d’hyperréactivité face aux provocations conçues spécifiquement pour capturer notre attention. Il est parfois difficile de résister, mais avant de réagir, regardons qui a intérêt à activer ladite publication avec la polémique. Et analysons les commentaires provocateurs dans les fils qui, plus souvent qu’autrement, sont écrits par des profils peu crédibles, voire faux.
  • Décider de l’envergure que nous donnons aux bruits ambiants pour préserver notre capacité de réflexion. Ne pas demeurer passifs devant les âneries : dénoncer les commentaires haineux et partager les idées qui méritent d’être vues et diffusées. Chaque réseau social a son outil de dénonciation.

Du réconfort artificiel à l’antidote biologique : reconstruire le lien

Devant ce réel capharnaüm, il faut prendre du recul. Il faut surtout prendre position et refuser le narratif toxique.

Lorsque l’anxiété collective augmente et que les repères traditionnels s’effritent, l’être humain cherche des anxiolytiques de substitution. Les recherches en psychologie montrent que la possession ou l’accumulation d’argent agit comme un calmant neurologique temporaire sur l’amygdale.

Mais ce repli individualiste et consumériste forme un cercle vicieux : il détruit l’environnement, isole davantage et ne guérit jamais la peur. Et si on perd de l’argent, le réflexe est de trouver un coupable.

La biologie nous révèle que le véritable antidote à l’amygdale hyperactive n’est ni la domination, ni l’accumulation, ni le repli. C’est la connexion humaine.

La présence physique, le sentiment d’appartenance et la solidarité libèrent des molécules — comme l’ocytocine — qui viennent apaiser notre système nerveux.

Gladwell le souligne également : pour qu’un message ou une nouvelle habitude atteigne un Point de bascule (Tipping Point) positif, il doit s’incarner au sein de communautés et de petits groupes soudés.

C’est en faisant équipe à notre échelle — dans nos quartiers, nos familles, nos réseaux locaux — que nous créons une résistance face aux récits anxiogènes imposés d’en haut.

C’est exactement pour cette raison que je continue de faire de ma plume mon épée. Plus les gens sont informés de manière éclairée, plus nous pouvons résister et contrebalancer ceux qui tentent de nous diviser.

Choisir notre élan en faisant les pas, surtout le premier

Ne soyons pas la grenouille qui s’accommode de la température qui monte. La peur est devenue une industrie et un outil de mobilisation. La seule réponse durable est d’appliquer un effet cumulé positif :

  1. Imposer une discipline ferme à notre attention en coupant le robinet de l’eau sale informationnelle.
  2. S’investir pleinement là où nous avons du pouvoir, dans nos microchoix quotidiens. Pour l’heure : « Achetons local ». Partager les vraies bonnes nouvelles et les bonnes idées.
  3. Refuser l’isolement en choisissant activement la connexion, la solidarité et la création de sens avec ceux qui nous entourent. Aimer et commenter les publications qui vous apportent un réel bien-être.

En unissant nos disciplines individuelles, nous ne faisons pas que nous protéger : nous inversons la vapeur pour faire basculer la confiance du côté du collectif.

Inspirons-nous de Charles de Gaulle, surtout pas d’Hitler.

Et si on appliquait aussi un filtre à la campagne électorale en cours?

Tu veux suivre la campagne électorale avec les filtres de l’Écohérence?

L’Institut d’Écohérence a mis en place une matrice électorale qui rassemble les promesses des partis et les analyse de manière objective. Avec 50 % d’indécis, ça pourrait te donner une autre lunette pour faire un choix plus éclairé.

Consulter la matrice électorale →

Et si tu crois que tu ne peux rien changer, tu as raison. Si tu crois que tu peux tout changer, tu as raison. Quel narratif veux-tu adopter?

P.-S. Plus je discute avec des personnes éveillées autour de moi, plus je constate que nous sommes réellement plusieurs prêts à changer les choses.

Plus je réalise que si tous les professionnels à la retraite qui connaissent les mécanismes de manipulation, les faits tus ou les récits entretenus par leur ordre professionnel — ou encore les politiciens au fait de certains secrets, comme l’air toxique à New York après le 11 septembre 2001 — sortaient de leur mutisme en envoyant paître la peur, imaginons la suite des choses.

Bonne réflexion sur l’effet cumulé de chacun de tes choix!


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