La plume sera mon épée

Quand les algorithmes influencent nos émotions, écrire devient un acte de liberté.

Idée centrale : écrire, aimer, commenter et partager ne sont plus de simples gestes numériques. Dans un monde saturé de manipulation, ce sont des actes de Présence, de discernement et de démocratie vivante.

Ce titre ne sort pas de mon imagination, mais d’une parole prononcée par Fergus Fraser dans la dernière saison d’Outlander. Ça m’a interpellée pour plusieurs raisons.

Après le visionnement des 8 saisons de cette série où se mélangent faits historiques, scènes torrides remplies de sueurs, et voyages dans le temps, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au 250e anniversaire des É.-U.

J’oserais même ajouter la série québécoise Plan B à Radio-Canada qui joue aussi sur les voyages dans le temps ou encore la série canado-américaine « Voyageurs du temps ». Un aspect de la science-fiction qui me fascine au plus haut point.

Une série télé qui m’a ramenée… en 1776

En visionnant les différents épisodes d’Outlander qui rappellent les différentes guerres du 18e siècle, la Guerre d’indépendance qui a mené à la création des É.-U. avec la victoire des « rebelles » contre les loyalistes et la déclaration de l’indépendance en 1776 est certainement celle qui m’a le plus fait réfléchir.

Les différents personnages de cette saga qui se déchirent entre ceux qui veulent appuyer le roi d’Angleterre et ceux qui veulent la liberté d’un pays à naître évoquent avec une justesse presque risible que les É.-U. sont nés dans le sang. Et beaucoup.

Les guerres modernes en Ukraine, Gaza, Liban, Iran, et j’en passe n’ont rien pour nous faire croire que le temps des guerres est terminé.

Au nom de la liberté, ces morts en valaient sûrement le sacrifice. Moins au nom de l’envahisseur. Donc, l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs.

Et les célébrations en grande pompe nous le rappellent. Sans oublier les statues érigées par les vainqueurs et contestées des décennies plus tard. Comme notre Premier Ministre canadien qui nous a rappelé que la bataille des plaines d’Abraham a représenté le début du choix historique de l’adaptation plutôt que de l’assimilation, et de la collaboration plutôt que de la domination. Réécrire l’histoire ne change pas les faits. Les Canadiens français ont perdu et ont été soumis.

Donc, des décennies, voire des siècles plus tard, les descendants des vainqueurs ou des perdants ont tous dans le sang qui coule dans leurs veines une perception héritée de leurs ancêtres. Une attitude bien assortie aussi qui mène à des remises en question et des désirs de faire disparaître des statues de héros devenus zéros.

Une défaite transmise en goût amer depuis des générations n’a besoin que d’une étincelle pour raviver les sentiments de haine et de l’envie de se rebeller.

Cette étincelle est dorénavant à la portée du premier pyromane

Chaque jour je lis des dizaines d’informations partout sur les médias sociaux, les journaux et autres sources variées. Je lis les commentaires aussi par souci de sentir le pouls émotionnel qui sévit. En français et en anglais. Déjà les choix éditoriaux sont très différents, mais une constante demeure : selon ses allégeances, la virulence et la remise en question des faits sont des étincelles sur la paix sociale.

L’IA et les algorithmes de l’ignorance nous entraînent depuis trop longtemps dans un clivage collectif très peu rassurant. Le racisme, le sexisme, l’homophobie, et la médisance coulent à flot parmi les internautes en mal de tribune pour asperger leur haine à qui veut bien la lire… et surtout à qui veut bien l’alimenter en s’opposant à leurs « vérités ».

J’ai lu une publication qui traitait Zelensky de bandit et criminel. Évidemment de la propagande russe avec un compte sûrement géré dans un bunker de pirates en Russie ou dans une colonie pro-russe. Tout avait l’air crédible. La question que je me suis posée est : pourquoi cette merde a abouti sur mon fil? J’ai immédiatement demandé à ne plus voir ces publications en cliquant sur les 3 petits points en haut à droite.

Combien font ce geste de protestation pour aligner les algorithmes?

Publication attribuée à Donald Trump illustrant la circulation de contenus douteux dans les fils sociaux

Exemple de publication virale utilisée ici pour illustrer la circulation de contenus douteux ou manipulés dans les fils sociaux.

Que dire des publications de Trump qui depuis un certain temps envahissent mon fil. Notamment des photos totalement fausses sur la foule au State Fair alors que la réalité est que très peu de personnes visitent le lieu. Cette initiative pour le 250e d’abord non partisane est devenue un autre outil de la propagande trumpiste. Le Président de la plus grande puissance qui colporte mensonge après mensonge. Le pire est que sa base le croit. Les algorithmes savent pourtant que je ne suis pas MAGA et pourtant ils m’aspergent de conneries. Que se passe-t-il?

Qui gère le débit de conneries qui déferle sur nos fils?

Les algorithmes sont en train de changer et j’en ai l’intime conviction.

Mais qui note ces changements? Peu de gens et c’est là mon point : se faire manipuler est d’une facilité déconcertante.

Si vous êtes un spectateur passif, qui lit ou « scroll » lâchement sans jamais aimer ou commenter, il est fort à parier que vous ne verrez plus les contenus proposés. Votre manque d’intérêt est un indicateur aussi fort que votre intérêt.

La démocratie a besoin de participation active pour vivre. Et cette action est dorénavant aussi cruciale dans les médias sociaux que dans la communauté.

Combien de fois ai-je entendu dans les dernières semaines : j’adore ce que tu écris. Je te lis. Et j’en passe. Des personnes dont j’ignorais totalement l’intérêt. Elles n’aiment jamais, ne commentent jamais. Elles lisent en silence et évitent une approbation ou une désapprobation.

Ces personnes entraînent les algorithmes à conclure que les contenus ne les intéressent pas. Vous aurez d’autres propositions jusqu’à ce que votre engagement soit noté et confirmé. L’objectif ultime : nous garder intéressés et engagés.

Si la plume est mon épée, ton « like » est une victoire

Je parle de clivage ici exacerbé par l’IA. De la manipulation dont l’IA est dorénavant l’épée de la discorde et des combats inégaux. Moi ma plume est ma façon de combattre les algorithmes de l’ignorance. Et si tu aimes et tu lis, tes réactions sont la confirmation que nous gagnons un peu sur la guerre de la manipulation.

J’ai débuté en décembre 2007 ce blogue. J’ai plus de 450 articles publiés. Je n’ai jamais récolté un seul sou pour tout ce travail. Si je rassemblais tous ces billets, j’aurais une brique d’au moins 3000 pages. Je te confirme que mes billets ont été écrits de ma plume… je n’avais pas besoin de l’IA pour écrire.

Aujourd’hui, n’importe qui peut écrire, même des analphabètes fonctionnels que je connais. L’IA donne l’impression à tous d’être le dernier génie en herbe.

Les contenus humains sont d’une absolue nécessité pour conserver notre âme.

Mais il faut garder une chose en tête, les contenus humains sont d’une absolue nécessité pour conserver notre âme. Notre humanité ne doit pas dépendre des serveurs plantés dans les communautés qui se demandent à quoi ressemblera leur avenir avec ces voleurs d’eau et d’électricité.

On doit pouvoir dire et être reconnu pour nos efforts pour créer du vrai contenu qui suscite la réflexion sans donner toutes les réponses bien mâchées.

Être créateur ou créatrice de contenus aujourd’hui ne doit pas se résumer à déléguer une publication ou un billet à faire par un logiciel. À mettre tout sur pilote automatique et aller faire la fiesta en espérant des clics. Rappelle-toi que plus les gens cliquent sur la « junk » IA et plus ils consommeront des contenus sans âme. Plus les compétiteurs originaux pourront se démarquer.

L’IAG est la dernière saveur du mois

Si tu me suis, tu sais que je fais de l’IA de sens un point d’honneur. Utiliser l’IA pour faire des tableaux comparatifs, analyser des données sans âme, faire des images en un clic, réaliser des présentations, des sites Web et j’en passe épargne énormément de temps. C’est indéniable, et on ne voudrait surtout pas bouder notre plaisir.

Mais la ligne, où la tirons-nous? Entre déléguer et accompagner, il y a un monde. Comment peux-tu évaluer le travail d’une IA qui hallucine si tu ne sais pas analyser la réponse? Chaque jour, l’IA hallucine et émerveille. Si je te donne un marteau à pression avec des bandes de clous en quantité, tu ne deviendras pas menuisier.

Combien de fois je lis des commentaires sur l’aspect impersonnel d’un courriel dont on devine une intelligence artificielle. Parce que oui, les publications, les courriels, les articles et j’en passe écrits par l’IA commencent à être très faciles à reconnaître.

Bien sûr que le néophyte n’y voit encore que du feu. Et peut-être que l’IA s’améliore tout le temps et apprend notre style. Si tant est que nous ayons de la matière à lui donner pour comprendre notre style et non le sien.

Le silence est la pire posture pour laisser les autocraties vaincre

En résumé, je reviens au Plan B et aux voyages dans le temps. Chaque fois que je regarde ces séries de science-fiction qui nous font rêver au retour en arrière, je me demande souvent : mais je reculerais jusqu’où? Et pour changer quoi? À titre personnel, j’ai bien quelques petites idées. Mais à titre collectif, je reviendrais à tellement de moments de l’histoire qu’il me faudrait bien du temps pour corriger les erreurs du passé.

Et ces erreurs du passé ont toutes quelque chose en commun : le silence de ceux qui voyaient sans rien faire ou dénoncer. Le procès de Nuremberg nous le rappelle brutalement.

Le silence est la pire posture pour laisser les autocraties vaincre. Dans le virtuel aussi.

La plume est vraiment une épée à en juger par de trop nombreuses sociétés qui tuent les journalistes. De 2003 à 2022, 1668 assassinats de journalistes en 20 ans dans le monde. Des passionnés à la recherche des faits tués à cause de leur plume.

Dire que la liberté est la raison pour laquelle les É.-U. ont été créés et que tant de patriotes se sont battus. Note : Patriotes pour les vainqueurs et rebelles pour les vaincus. Et que dire du 1er amendement qui garantit la liberté d’expression? Dans un pays qui musèle les médias, qui sanctionne sans procès et qui libère des insurgés et des assassins. En prime, un pays qui bafoue sa propre constitution et les efforts des pères fondateurs qui ont donné leur sang pour la liberté.

C’est quoi ce délire?

Et dire que chez nous, les élections seront sur une question clivante : être ou ne pas être un pays? Du moins, sur l’idée de se poser la question encore une fois.

Ça donne le goût d’effeuiller les marguerites.

Se tenir debout pour ses convictions, c’est le minimum.

Et se renseigner sur nos certitudes, c’est un autre pas vers la compréhension.

Tant que je vivrai, je ferai de ma plume une épée pour une démocratie vivante. Redéfinir l’épée de Damoclès pour qu’elle soit synonyme de danger pour ceux qui osent attaquer nos libertés.

Nous pouvons être d’accord, ou pas, mais il faut se parler… on est si mignon! 😉

Bon été fidèle lecteur ou lectrice, silencieux ou pas!

En résumé

✔ Les guerres commencent souvent par des récits.
✔ Les algorithmes influencent ce que nous voyons.
✔ Le silence numérique est aussi un signal.
✔ L’intelligence artificielle doit demeurer un outil, jamais une vérité.
✔ Les contenus humains sont plus nécessaires que jamais pour préserver une démocratie vivante.

Questions fréquentes

Pourquoi les algorithmes des réseaux sociaux influencent-ils nos opinions?

Les algorithmes sélectionnent les contenus susceptibles de retenir notre attention selon nos comportements passés. À force de personnalisation, ils peuvent renforcer certains biais, accentuer la polarisation et limiter notre exposition à des points de vue différents.

Pourquoi est-il important de commenter ou d’aimer une publication?

Les plateformes interprètent les mentions J’aime, les commentaires et les partages comme des signaux d’intérêt. En restant silencieux, même lorsqu’un contenu nous plaît, nous contribuons involontairement à réduire sa visibilité.

L’intelligence artificielle peut-elle remplacer les créateurs de contenu?

L’IA peut accélérer la production de textes, d’images ou d’analyses, mais elle ne remplace ni l’expérience humaine, ni le jugement, ni la responsabilité éditoriale. Elle demeure un outil qui gagne à être accompagné par une réflexion humaine.

Comment reconnaître un contenu généré par une intelligence artificielle?

Il n’existe pas de méthode infaillible. Toutefois, des formulations très génériques, des affirmations sans sources, un style uniforme ou certaines erreurs factuelles peuvent constituer des indices. La vérification des faits demeure essentielle.

Pourquoi la désinformation est-elle amplifiée par les médias sociaux?

Les contenus qui provoquent de fortes réactions émotionnelles génèrent souvent davantage d’engagement. Ils sont donc plus susceptibles d’être recommandés par les algorithmes, qu’ils soient exacts ou non.

Pourquoi les contenus humains demeurent-ils essentiels?

Les contenus créés par des humains apportent une expérience vécue, une responsabilité intellectuelle et une capacité de nuance qui nourrissent le débat démocratique. Ils complètent les capacités de l’intelligence artificielle plutôt que de s’y substituer.

Que signifie l’expression « La plume sera mon épée »?

Cette expression symbolise l’idée que les mots, les faits, la réflexion critique et la liberté d’expression peuvent constituer des formes de résistance face à la manipulation, à la désinformation et à l’érosion du débat démocratique.


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