Hyperobjet, hypercomplexité et éco-anxiété : une cartographie pour s’orienter
Tu seras d’accord pour dire que nous vivons une époque étrange voire dystopique : les signaux d’alerte sont partout, les technologies progressent à une vitesse vertigineuse, les investissements qui les soutiennent, explosent… et pourtant, une impression diffuse persiste : quelque chose ne tourne pas rond.
Dans mon premier article de l’année : « La fin du monde est à quelle heure ? », j’aborde le triumvirat dont il est question dans cette réflexion. Ici, c’est un peu une suite qui présente une approche plus visuelle de l’impact du technocapitalisme pour voir et comprendre comment tout est relié.
Ce malaise n’est pas qu’émotionnel.
Il est systémique. Euh! Systémique? Pas dans le sens de sismique (bien que ça brasse en titi), mais dans le sens d’un système. Un système plus chaotique que jamais et qu’on ne comprend plus.
Et pendant ce temps, les enjeux se multiplient sans que nous ayons une vision claire de ce chaos provoqué par le 1% de la planète et un fou furieux qui gère un pays comme ses multiples entreprises qui ont fait faillite. Mais si tu ne comprends pas l’idée d’un système, il est le meilleur exemple des interrelations dans le système capitaliste.
Le diagramme que tu verras ici n’est pas un schéma technique.
C’est une carte de lecture du réel — une tentative de rendre visible ce qui est devenu trop vaste, trop rapide et trop imbriqué pour être compris intuitivement. Comme les astronautes qui voient la Terre avec un regard et un point de vue différents.
Je te préviens, si tu n’as pas envie de jeter un regard lucide et tenter de comprendre, tu peux arrêter ici. C’est une lecture de conscience individuelle pour joindre la conscience collective.
ICI LE TABLEAU QUI SERA EXPLIQUÉ ET SI TU CLIQUES SUR CE LIEN, TU AURAS DES VERSIONS DYNAMIQUES ET PRÉSENTÉES DANS DIFFÉRENTS FORMATS. TU AURAS UNE AUTRE PAGE DANS TON FURETEUR.

Le noyau : l’hyperobjet technocapitaliste
(ce qui nous dépasse)
Au centre du diagramme se trouve ce qu’un ingénieur a appelé, non sans ironie,
« l’hyperobjet technocapitaliste de la fin des temps ».
Derrière cette expression volontairement provocante se cache une réalité très concrète :
- des flux financiers massifs et circulaires,
- une dépendance croissante au calcul, aux données et à l’énergie, incarnée par des centres de données toujours plus vastes, assoiffés et énergivores,
- une concentration extrême du pouvoir technologique entre les mains de quelques technomilliardaires,
- une logique de croissance auto-alimentée, qui se justifie par sa propre expansion.
Il ne s’agit pas d’une mauvaise intention isolée.
Il s’agit d’un système devenu autonome, si vaste et imbriqué qu’aucun acteur — entreprise, État ou citoyen — ne peut, à lui seul, en saisir l’ensemble ni en contrôler la trajectoire. J’aime l’image du chevreuil au milieu de l’autoroute figé par les phares aveuglants de la voiture qui fonce droit sur lui. J’avais illustré ce phénomène avec un article « Eh bien! Maintenant on fait quoi ?«
C’est précisément cela, un hyperobjet :
quelque chose que nous utilisons, finançons et subissons, sans jamais pouvoir le saisir entièrement.
Le concept d’hyperobjet a été formulé par le philosophe Timothy Morton pour désigner des phénomènes qui sont :
- distribués dans l’espace, le temps et les institutions
- trop vaste pour être perçu dans son ensemble,
- plus grands que toute institution ou tout acteur individuel,
- visqueux — on ne peut pas s’en extraire une fois pris dedans,
- non locaux — leurs effets se manifestent ailleurs que là où ils sont produits, rendant les responsabilités diffuses tandis que les profits restent concentrés.
Les exemples les plus connus sont le changement climatique, le capitalisme mondialisé, le nucléaire ou encore Internet.
- L’industrialisation de l’IA s’inscrit désormais dans cette catégorie.
Elle devient un hyperobjet technocapitaliste : un assemblage indissociable de finance, d’énergie, de calcul, d’idéologie du progrès et de promesses quasi salvatrices — un système impossible à interrompre brutalement sans provoquer un choc systémique majeur.
Il faut aussi comprendre le terme « Technocapitaliste »
On parle de technocapitalisme parce que ce système repose sur une fusion intime entre :
- Financier (flux d’investissements croisés)
- Industriel (centres de données, puces, énergie)
- Idéologique (croissance, solutionnisme, salut par la tech)
- Politique (pouvoir supra-étatique des Big Tech)
Ce qui le rend particulièrement instable, c’est sa logique circulaire.
Les entreprises investissent les unes dans les autres, s’achètent mutuellement des capacités, réinvestissent les revenus projetés avant même qu’ils ne soient pleinement réalisés.
- OpenAI achète du calcul à Oracle
- Oracle achète des puces Nvidia
- Nvidia réinvestit dans OpenAI
L’argent ne sort jamais vraiment du système.
Il s’auto-justifie, s’auto-alimente, s’auto-évalue.
C’est le serpent qui se mord la queue :
- l’investissement justifie l’expansion,
- l’expansion justifie l’investissement,
- et la question du pourquoi et du pour qui devient secondaire. La bourse se gonfle et c’est tout ce qui compte aux yeux des décideurs. C’est un système fragile puisque la rentabilité dépend de la circularité. Si un s’écroule, l’ensemble s’écroule. Si c’était hiérarchique, il y aurait une pyramide de Ponzi, mais à la fin, dans une circularité, tout le monde perd.
Comprendre ce noyau est essentiel, car c’est lui qui irrigue l’hypercomplexité sociale et nourrit, en périphérie, l’éco-anxiété collective que je vais t’expliquer.
2. La sphère intermédiaire : l’hypercomplexité sociale
(ce dans quoi nous vivons)
Autour de ce noyau, le diagramme montre une sphère plus large :
l’hypercomplexité sociale. Résumons qu’un problème hypercomplexe est présent lorsque les manières de faire et les raisons de faire doivent être remises en question simultanément.
C’est là que tout se joue réellement. Ce système ne flotte pas dans le vide. Il s’insère dans une société déjà hypercomplexe : sociale, politique, économique, psychologique.
Notre société est devenue :
- interconnectée à l’extrême et à la fois ironiquement déconnectée de la réalité
- non linéaire (les effets ne suivent plus les causes de manière simple)
- saturée d’informations, de récits et de signaux contradictoires
Une décision technologique prise dans une salle de conseil sans l’analyse des conséquences sur le système:
- met une pression sur l’emploi et altère le marché du travail,
- modifie les usages culturels,
- affecte la consommation énergétique,
- transforme le débat public en polarisant le discours,
- altère la perception du futur et des priorités,
- amplifie l’éco-anxiété.
Le problème n’est pas la complexité en soi.
Le problème, c’est l’absence de boussole commune pour la traverser et de garde-fous.
3. Le halo externe : l’éco-anxiété comme signal
(ce que nous ressentons)
À la périphérie du diagramme apparaît un halo : l’éco-anxiété collective.
Les climatosceptiques la décrivent souvent comme une angoisse non justifiée ou exagérée.
C’est une erreur.
L’éco-anxiété est avant tout :
- un signal d’alerte
- un indicateur de désalignement collectif
- une réaction saine à une trajectoire perçue comme incohérente
Elle naît quand :
- nos valeurs (vie, stabilité, transmission, justice) entrent en conflit avec ce que nous voyons se déployer concrètement
- Ignorée, elle paralyse. Reconnue et outillée adéquatement, elle informe.
Dans le diagramme, l’éco-anxiété n’est pas une fin.
C’est un capteur d’état d’esprit.
4. Le piège central : succès ou échec, le choc est réel
Un point clé du modèle — souvent contre-intuitif — est le suivant :
- Si les technologies réussissent pleinement, la disruption sociale pourrait dépasser notre capacité d’adaptation.
- Si elles échouent, les secousses économiques et politiques seraient majeures.
Autrement dit : le risque ne vient pas seulement de l’effondrement, mais aussi de la réussite non orientée.
Ce n’est pas une prophétie.
C’est une lecture structurelle. Une prospective collaborative à naître.
En anglais, on pourrait dire : « You’re damned if you do. You’re damned if you don’t. » Dans tous les cas, il y a des conséquences importantes voires catastrophiques si on ne prend pas le gouvernail collectif.
5. Le point de bascule : l’alignement de la conscience collective
(ce qui peut changer la trajectoire)
Le diagramme introduit alors un nœud fondamental : l’alignement de la conscience collective.
C’est ici que tout cesse d’être abstrait.
Aligner la conscience collective, ce n’est pas :
- penser tous la même chose ou pire chercher un consensus mou
- ralentir le progrès aveuglément
- rejeter la technologie
C’est plutôt :
- partager une compréhension commune des enjeux réels
- rendre visibles les boucles de conséquences
- débattre sur des bases informées
- décider collectivement de ce qui mérite d’être amplifié… ou freiné
- redonner à la société un pouvoir d’orientation, pas seulement d’adaptation.
Cet alignement repose sur trois leviers concrets, visibles dans le diagramme :
1. Des valeurs explicites
Qu’est-ce qui compte vraiment, au-delà de la croissance ?
2. Une gouvernance outillée
Qui décide, comment, avec quelles limites et quelle reddition de comptes ?
3. Une alphabétisation systémique
Comprendre les systèmes, pas seulement les outils.
C’est ici qu’intervient la notion d’alignement de la conscience collective.
Sans cet alignement : le succès comme l’échec de l’IA produiront des chocs majeurs, non parce que la technologie est “mauvaise”, mais parce qu’elle évolue plus vite que notre capacité collective à en débattre lucidement.
6. Pourquoi cette cartographie est essentielle aujourd’hui
Nous ne manquons ni de données, ni d’innovations, ni d’alertes.
Nous manquons de lisibilité collective. J’ai parlé depuis deux ans de conscience et de sagesses collectives. Un projet tenu à bout de bras par l’Institut d’Écohérence (IÉ).
Le diagramme expliqué ici est un type de cartographie qui ne prétend pas résoudre la crise. Il est loin de celui proposé par le projet de l’IÉ. Mais il a le mérite d’illustrer l’interrelation actuelle avec le triumvirat abordé dans l’article du nouvel an 2026 que j’ai écrit « La fin du monde est à quelle heure? »
Il permet quelque chose de fondamental :
👉 ne pas perdre le fil. Et amorcer une compréhension que tout est relié. Un système qui se dévoile à toi. Car une société qui ne comprend plus ce qu’elle produit ne peut plus choisir consciemment sa trajectoire.
La question n’est peut-être pas :
« La fin du monde est-elle pour bientôt ? »
Mais plutôt :
Sommes-nous capables, collectivement, de relier ce que nous ressentons, ce que nous construisons et ce que nous voulons préserver ?
Ce diagramme est une invitation.
Pas à paniquer.
Pas à nier.
Mais à aligner la conscience collective. En année d’élections au Québec, j’appelle cela un vrai projet de société : celui de comprendre nos priorités collectives dans ce chaos imposé par des intérêts de milliardaires égocentriques. Aucun parti ne propose une compréhension claire des gestes à poser pour l’avenir au-delà des urgences immédiates. On éteint des feux, ou on en allume! La population cherche de la clarté et on lui offre du brouillard et des diachylons à coller ou à enlever.
Au-delà du diagramme : quand l’attention devient le vrai point de rupture
Si ce modèle met mal à l’aise, ce n’est pas parce qu’il exagère les risques liés à l’intelligence artificielle ou à la concentration de richesse.
C’est parce qu’il pointe un problème plus fondamental, rarement nommé : notre difficulté collective à maintenir l’attention sur ce qui engage réellement l’avenir, lorsque ces enjeux ne produisent ni choc immédiat ni montée d’adrénaline.
Cette tension a été formulée avec une lucidité remarquable dans une publication récente du journaliste François Bugingo, qui décrit comment, lors du Forum de Davos, les avertissements les plus structurants sur l’avenir de l’humanité ont été rapidement éclipsés par le théâtre émotionnel de l’instant. Le show!
« Nous ne manquons pas d’intelligence.
Nous manquons de capacité d’attention face à ce qui ne procure pas immédiatement de montée d’adrénaline. »
Conclusion — Reprendre le pouvoir commence par refuser l’agenda imposé
Le chaos que nous observons n’est pas une fatalité technologique.
Il est le produit d’un déséquilibre de pouvoir — soigneusement entretenu — entre une minorité capable d’imposer son agenda et une majorité progressivement convaincue qu’elle n’a plus de prise sur le cours des choses.
Les milliardaires au sommet de ces systèmes aiment se présenter comme des dieux. Comme si leur pouvoir découlait d’une supériorité naturelle, d’une intelligence exceptionnelle ou d’un sens historique que le reste de la population n’aurait pas.
C’est faux.
Leur pouvoir repose sur une chose beaucoup plus fragile : notre consentement passif.
Car dans les faits, le peuple n’est pas qu’un consommateur.
Il est aussi le citoyen qui vote, le travailleur qui fait fonctionner l’économie, la communauté qui donne sens aux institutions, et la société qui légitime — ou non — les trajectoires collectives.
Les 1 % peuvent tenter de gérer le pouvoir.
Mais ils ne sont pas le pouvoir.
Le pouvoir réel réside dans :
- ce que nous acceptons de normaliser,
- ce que nous cessons de relayer,
- les récits que nous refusons d’adopter et que nous prenons la peine de réaligner
- les priorités que nous choisissons collectivement de remettre au centre.
Reprendre le pouvoir ne signifie pas renverser un système par la force.
Cela commence par ne plus se laisser distraire, par refuser que l’émotion immédiate dicte l’agenda de demain, par réapprendre à penser ensemble ce qui nous engage sur plusieurs générations. À ce niveau, les peuples autochtones ont compris depuis longtemps la systémie en pensant aux sept générations passées et à venir lorsqu’ils prennent des décisions.
L’alignement de la conscience collective n’est pas une utopie rassurante.
C’est une condition de survie démocratique dans un monde hypercomplexe.
Nous ne sommes pas impuissants.
Nous sommes désynchronisés et déboussolés.
Et ce que l’on peut désynchroniser,
on peut aussi le réaligner.
Dans un monde devenu hypercomplexe, l’enjeu central n’est plus l’innovation, mais l’alignement entre ce que nous construisons, ce que nous comprenons et ce que nous choisissons collectivement.
Si tu as lu jusqu’ici, il y a de l’espoir. Et ton soutien donne du vent sous mes ailes.
Tu veux discuter de tout ça? Tu veux comprendre et participer à des groupes? Fais-moi signe! J’ai de quoi occuper ton esprit et ton temps perdu à quelque chose de grandiose.
j’ai pensé à toi avec cette version vidéo simplifiée







