La vidéo qui résume sommairement
Le besoin d’exercer ma liberté d’expression est toujours le fondement de mes articles. Ici, les différents éléments que j’ai eu l’occasion de lire, de voir ou d’entendre dans les derniers jours m’ont motivé à écrire cette réflexion.
D’abord, il y a eu une entrevue avec Édouard Louis à Radio-Canada qui exposait sa vision de la liberté d’expression qui m’a interpellé énormément.
Ensuite, il y a eu le film « Le jugement social » qui est le 2e volet de l’histoire de Mark Zuckenberg qui relate les effets de l’algorithme « MSI » (Meaningful Sentiment Interaction) que la lanceuse d’alerte, Frances Hoagan a dénoncé pour ses effets pervers sur le comportement social. Nommément l’endoctrinement et la polarisation de l’extrême droite.
Il y a eu aussi une entrevue avec Ray Dalio sur le « Grand Cycle » (cycles historiques d’environ 80 ans), gestionnaire de fonds qui avait prédit le crash de 2008. Il apporte un éclairage systémique fondamental et il prédit une grave récession mondiale avec l’éclatement de la bulle liée à l’IA.
Enfin, ma découverte récente avec les écrits d’Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, rédigé vers 1548 par ce jeune juriste de 18 ans alors étudiant à l’université d’Orléans. Écrit il y a près de 400 ans, et toujours d’actualité. À en juger par la révolte des jeunes en France, l’Histoire semble vouloir se répéter.
Sans oublier le délire de Pete Hegseth, le Secrétaire à la Défense, oups à la Guerre, qui voulait diffuser l’exécution d’un criminel condamné au peloton d’exécution militaire. Devant les contestations de toutes parts, Trump a reculé. Mais, tu vois probablement déjà le lien dans mon titre.
Alors toutes ces réflexions me trottaient dans la tête et franchement, je pense que nous devons collectivement prendre conscience de l’état d’ignorance que les technos milliardaires tentent de nous maintenir. Surtout le tort incommensurable sur notre démocratie que ces empereurs numériques exercent dans l’équilibre social.
Attache ta tuque… c’est parti! Et puis, tu peux arrêter de lire si tu es déjà épuisé. J’écris pour ceux et celles qui veulent réfléchir. C’est peut-être toi?
La liberté d’expression en mode débridé
La liberté d’expression constitue l’un des piliers cardinaux de l’idéal démocratique.
Pourtant, la liberté d’expression n’a jamais eu tant de mal à vivre en toute liberté, mais surtout en tout respect.
Au cœur de la crise contemporaine du débat public réside une confusion dangereuse: la liberté d’expression, conçue à l’origine comme l’instrument démocratique d’exécution de la volonté citoyenne et du consentement éclairé, se trouve fourvoyée en une « liberté d’exécuter » l’autre — que ce soit par la violence symbolique des discours de haine ou par le jugement arbitraire et expéditif des tribunaux virtuels : le peloton d’exécution public.
D’ailleurs, Trump nous fait la démonstration de cette posture arbitraire dès que l’expression de l’opinion et même des faits ne lui conviennent pas. Il a ce concept de la liberté d’expression à deux vitesses. Les tribunaux doivent lui rappeler sans cesse que le 1er amendement dans la constitution américaine protège farouchement ce droit à s’exprimer librement. S’il réussissait à museler les médias qu’il juge moins favorables à son égard en les qualifiant de « Fakes News », nous aurions les ingrédients parfaits pour une révolte.
C’est ici que je veux vous parler des écrits d’Étienne de La Boétie.
L’ancrage historique : La Boétie et le refus de l’exécution du pouvoir tyrannique

Témoin des horreurs de la répression particulièrement sanglante des révoltes antifiscales contre la gabelle en Guyenne en 1548 et marqué par l’expérience directe de la violence d’État, Étienne de La Boétie décortique avec une acuité précoce les ressorts intimes de la domination.
Il démontre que le monopole de la force brute ne suffit pas à expliquer la pérennité du pouvoir tyrannique. La tyrannie repose avant tout sur une ingénierie psychologique fondée sur l’accoutumance et sur l’imbrication hiérarchique des complicités. Aujourd’hui, c’est de l’ingénierie sociale construit avec les complices du pouvoir.
Le tyran structure une véritable pyramide de la soumission : il en domine cinq, qui en dominent cent, lesquels en dominent mille. Ce système force les intermédiaires à devancer les désirs du maître, transformant les dominés en instruments zélés de leur propre oppression. Quatre cents plus tard, Trump applique encore cette méthode. Il rend la fable des habits de l’empereur bien réelle.
Cette servitude devient « volontaire » à mesure que les générations, nées sous le joug et élevées dans la servitude, prennent l’état d’asservissement pour leur état naturel, leur esprit étant maintenu dans la léthargie par l’entretien de la lâcheté et la distribution de « pain et de jeux ». César avait déjà compris ça, il y a deux mille ans.
L’acuité philosophique de La Boétie réside dans cette découverte : l’autorité tyrannique repose sur un socle invisible — le consentement de ceux qui obéissent.
Le pouvoir ne possède aucune force intrinsèque en dehors de celle que lui prêtent ses sujets. Dès lors, l’édifice de la tyrannie s’effondre sans qu’il soit besoin de verser le sang, par le simple retrait de ce soutien passif.
Comme le résume la célèbre maxime du pamphlet :
« Soyez résolus de ne plus servir et vous voilà libres. »
Dans cette perspective humaniste, la liberté d’expression véritable apparaît comme le signal vital d’une démocratie saine : elle est le vecteur fondamental par lequel le peuple refuse de demeurer l’exécutant passif d’une volonté oppressive, en réaffirmant sa capacité souveraine de retrait du consentement.
PSPP connaît bien ce discours en rappelant que le règne de la Monarchie est bien terminé. Qui peut le contredire?
Les trois piliers de la domination selon La Boétie se synthétisent ainsi :
- Servitude et Habitude : L’accoutumance psychologique des individus nés dans la servitude, qui finissent par assimiler l’état de soumission arbitraire à une condition naturelle imprévisible. Il semble que la jeunesse française refuse la soumission. Dommage que les manifestations légitimes soient envahies par des casseurs.
- Lâcheté et Divertissement : L’avilissement de la volonté populaire par l’usage du divertissement de masse (« du pain et des jeux »), maintenant les sujets dans la passivité et l’inaptitude à la contestation politique. La Boétie se devrait de réviser sa théorie en ces temps de tumulte.
- Pyramide des complices : La chaîne hiérarchique d’intéressement où les élites intermédiaires et les courtisans devancent les désirs du tyran pour participer aux dépouilles du pouvoir, devenant les agents actifs de leur propre asservissement. Ici, chacun choisit son camp quand il le peut. Il semble que l’ère des lèche-bottes ne soit pas d’hier.
Les enseignements de La Boétie sont intemporels. Les principes sont toujours d’actualité, mais l’ampleur de la servitude aveugle est dorénavant gérée par ceux qui contrôlent les technologies. Et assez ironiquement, les outils ont aussi le pouvoir de donner des armes aux groupuscules qui n’en avaient pas les moyens.
La parole d’extrême droite comme « liberté d’exécuter » : la grille de lecture d’Édouard Louis
Faisant écho à cette analyse des mécanismes de domination, les interventions médiatiques de l’écrivain Édouard Louis (notamment à Radio-Canada en octobre 2026, à Clique en 2020, au Guardian en 2017 et auprès de L’insoumission en 2022) apportent une clarification essentielle sur l’écologie des discours contemporains. Édouard Louis démontre que le langage n’est jamais un espace neutre d’idées désincarnées.
Il apporte un éclairage fort pertinent sur la liberté d’expression telle que piratée par nos systèmes cachés derrière la démocratie de façade.
Lorsque la parole d’extrême droite — véhiculant des contenus racistes, homophobes ou xénophobes — investit et domine les espaces médiatiques, elle ne constitue pas une simple « opinion » à mettre en débat.
Elle s’érige en une véritable « liberté d’exécuter » : une forme de violence symbolique et matérielle directe visant à humilier, altérer la sécurité et compromettre la dignité fondamentale des populations minoritaires.
Face à cette dynamique, Édouard Louis préconise un « refus de légitimation » politique et moral : accepter de débattre publiquement avec l’extrême droite sur la présence problématique d’un groupe ethnique ou religieux revient à valider le présupposé raciste de la question.
La résistance démocratique exige de refuser le cadre idéologique imposé par l’adversaire pour construire d’autres imaginaires politiques ancrés dans le réel. Le contrôle du narratif qui rend normal de devenir homophobe ou xénophobe.
Une nuance démocratique cruciale doit toutefois être apportée : ce refus de légitimation relève d’une responsabilité politique et morale des acteurs du débat, et non d’une demande d’interdiction légale ou de censure d’État de la part d’Édouard Louis.
Par ailleurs, cette position soulève une tension philosophique majeure : qualifier un discours de « violent » comporte une part d’appréciation subjective. Qui décide de ce qui est violent ou pas? Probablement la personne ou le groupe qui ressent cette violence.
Le risque existe que cette qualification soit instrumentalisée pour exclure du débat des idées simplement dérangeantes ou contestataires. Faire la part des choses exige un degré de maturité que certains groupes n’ont pas.
Une démocratie exigeante doit donc opérer une distinction stricte entre l’opinion qui dérange, la parole qui déshumanise et l’incitation effective à la violence.
| Catégorie de discours | Définition / Portée | Responsabilité démocratique |
|---|---|---|
| Droit légal de s’exprimer | Faculté accordée à tout individu d’exprimer des idées controversées ou dérangeantes dans les strictes limites fixées par la loi. | Préserver la liberté politique contre la censure d’État et garantir le droit de contester les dogmes dominants. |
| Droit d’obtenir une tribune | Prétention d’un acteur politique d’accéder aux plateaux de télévision ou aux grands canaux de diffusion. | Aucune obligation pour les médias ou citoyens d’offrir une tribune ni de traiter toutes les idéologies comme équivalentes. |
| Incitation à la violence / Déshumanisation | Propos visant à nier l’égale dignité humaine, stigmatiser ou menacer la sécurité matérielle des minorités. | Exercer un refus politique et moral de légitimer les discours franchissant le seuil de la violence symbolique ou matérielle. |
Les propos d’Édouard Louis en dérangent plus d’un. Mais sur le fond, il a raison. Avoir le droit de dire vient avec l’obligation de respecter l’autre et les lois. La civilité dans les débats est le signe d’une démocratie saine. Mais, si la moitié « + 1 » emporte la majorité, il restera toujours une moitié « – 1 » en désaccord. Vivre ensemble dans deux solitudes ne fait pas la paix sociale.
Mais que faire?
Le piège de la « Cancel Culture » : l’exécution numérique sommaire et la souveraineté de substitution
Lorsque le peuple ressent que sa parole n’est pas entendue, il cherche à la faire entendre. Jusqu’ici la rue est encore visiblement la façon la plus médiatique et bruyante de s’exprimer. Mais depuis l’arrivée des tribunes de médias sociaux, et trop souvent antisociaux, notre société archi branchée n’a jamais été aussi favorable pour la liberté d’expression trop souvent transformée en liberté d’exécuter derrière des faux profils.
L’espace public numérique génère dorénavant sa propre dérive : la justice populaire virtuelle et les campagnes de bannissement ciblé.
Loin d’être de simples débordements comportementaux sur les réseaux sociaux, la cancel culture et la chasse aux sorcières numérique doivent être analysées comme les symptômes d’une défaillance institutionnelle profonde.
Lorsque les institutions et les cadres juridiques traditionnels ne parviennent plus à assurer une médiation crédible et équilibrée au sein du débat citoyen, la foule virtuelle tente d’exercer une forme de « souveraineté de substitution » non régulée. Cette souveraineté intrinsèque et imposée que Facebook et cie ont tout intérêt à nourrir dans le seul but de générer de l’activité dans leurs réseaux.
Derrière l’apparente absence de vitrines cassées, des vies sont pourtant gravement affectées par cette violence banalisée et plus cruellement non encadrée.
Dans ces arènes connectées, la dynamique prend la forme d’une « exécution numérique sommaire ». L’espace virtuel se transforme en un tribunal populaire permanent, opérant sans règles de droit, sans présomption d’innocence, sans contradiction et sans possibilité d’appel.
Nous avons tellement de cas ici même au Québec. Des politicien-nes qui quittent la politique parce que le harcèlement devient insupportable ou des artistes qui passent de héros à zéro. Bien au-delà de la critique constructive, on assiste à de l’intimidation. Une semence de violence qui finit par devenir intolérable.
L’ostracisme social, la mort professionnelle et l’humiliation publique orchestrée viennent remplacer la délibération contradictoire et le temps long de la justice institutionnelle. J’ajouterais le vide juridique et la lenteur de nos systèmes à s’adapter à ce monde qui a profondément muté en moins de 15 ans.
Cette façon de vouloir punir, condamner ou faire taire ceux qui ne pensent pas comme nous finit par faire beaucoup de tort à la démocratie. On ne cherche plus à comprendre ni à débattre. On préfère s’indigner, attaquer, exclure et, surtout, avoir raison.
Le problème, c’est qu’à force de réagir à tout dans l’émotion, on ne laisse plus de place à la nuance. Oser questionner devient suspect. Ne pas être entièrement d’accord, c’est presque être complice. Et plutôt que de confronter les idées, on s’attaque aux personnes et aux faits. Nous sommes devenus collectivement maîtres de la vérité alternative érigée en « pourquoi pas? ».
Pourtant, la démocratie ne consiste pas à être tous du même avis. Elle repose justement sur notre capacité à discuter de nos désaccords, même les plus profonds. Si on perd cette capacité, ce n’est pas seulement la liberté d’expression qui en souffre, c’est notre capacité collective à réfléchir.
Et soyons clairs. Réfléchir ne veut pas dire remettre en question la science pour justifier son intuition. Les faits appuyés et soutenus par les données scientifiques ne sortent pas de la tête d’un seul scientifique. Ce sont des milliers de données et d’heures de travail qui font consensus entre gens instruits et qualifiés. Lorsque des députés élus démocratiquement en viennent à dire que la science doit être débattue, je comprends que l’école n’a pas fait son travail. Et le pire, des milliers de citoyens appuient cette idée. Ce n’est plus de la « cancel culture », c’est de la « cancel science ».
Féodalité numérique et grand cycle historique (Ray Dalio) : la monétisation des exécutions croisées
Pour saisir la dynamique globale de cette décomposition de la parole publique, la grille macroéconomique élaborée par le gestionnaire de fonds Ray Dalio sur le « Grand Cycle » (cycles historiques d’environ 80 ans) apporte un éclairage systémique fondamental.
Ray Dalio identifie les marqueurs classiques des phases de déclin au sein des grands cycles économiques :
- une polarisation politique extrême entre la gauche et la droite,
- des écarts de richesse abyssaux,
- un surendettement chronique des États
- et un effondrement de la civilité.
Ce diagnostic rejoint l’évolution des structures fondamentales du monde contemporain : le pouvoir dépendait au XVIe siècle du consentement des sujets (La Boétie), l’économie au XXe siècle dépendait de la production des travailleurs, tandis qu’au XXIe siècle, la civilisation dépend de la préservation de ses conditions d’existence face aux logiques d’extraction.
Aujourd’hui, les plateformes technologiques constituent le nouveau « socle invisible » de la vie publique, captant l’attention et le consentement des citoyens.
Sur le plan économique, Ray Dalio souligne que la révolution technologique actuelle — incarnée par l’intelligence artificielle — accélère le transfert des revenus de la masse des travailleurs vers les détenteurs de capitaux, ces « capitalistes propriétaires des machines ». Cette concentration extrême des richesses alimente un nouvel impérialisme numérique. Un sujet que j’ai abordé largement dans mon .
Les réseaux sociaux, contrôlés par des technos milliardaires, structurent leurs algorithmes pour maximiser le profit en monétisant l’engagement par le clivage et l’indignation. Il devient extrêmement difficile de nier cette nouvelle évidence. Après avoir vu le film « Le jugement social », les derniers doutes s’effaceront.
Cette architecture financière attise directement des « exécutions croisées » : un cercle vicieux où la haine réactionnaire et les tribunaux virtuels se nourrissent mutuellement, transformant la polarisation politique et la destruction du débat citoyen en rente financière. Bref! Ils font du « cash » sur le chaos qu’ils sèment dans la société.
Le schéma de causalité systémique s’articule ainsi :
- Inégalités & Bulle Tech : Le développement des technologies de pointe (IA) transfère la valeur des salariés vers les détenteurs de capitaux, creusant des écarts de richesse abyssaux au sein d’États surendettés.
- Captation par les plateformes : Les empereurs numériques prennent le contrôle des réseaux de communication mondiaux et organisent la capture de l’attention à des fins de rentabilité commerciale.
- Polarisation & Perte de civilité : L’incapacité des gouvernements à résorber la crise sociale attise les antagonismes politiques extrêmes, annihilant la culture du compromis et la civilité sociétale.
- Destruction du débat démocratique : La marchandisation algorithmique du conflit alimente les « exécutions croisées » — la violence des discours de haine finançant l’arbitraire des tribunaux virtuels —, dissolvant l’espace public souverain.
Que nous soyons d’accord, ou pas, avec Ray Dalio, ce qui vient droit devant est un effondrement social et économique. Tous les signes sont là. Et il ne parle même pas de la dégradation du climat et ses multiples conséquences. Il ne reste que la date exacte à anticiper.
Conclusion : Reconstruire un espace de responsabilité citoyenne et de débat démocratique
La démocratie est prise entre deux extrêmes qui, chacun à leur façon, menacent la liberté d’expression.
D’un côté, il y a ceux qui revendiquent le droit de tout dire, même lorsque leurs propos servent à déshumaniser, à stigmatiser ou à encourager la violence envers certaines personnes. Comme si la liberté d’expression donnait automatiquement le droit de porter atteinte à la dignité des autres.
De l’autre, il y a ceux qui voudraient faire taire toute personne dont les propos les dérangent. On condamne publiquement, on appelle au boycottage, on exige des sanctions et on exclut, souvent sans même prendre le temps de comprendre le contexte. Les réseaux sociaux sont devenus des tribunaux populaires où tout le monde peut être juge, jury et bourreau. Et les sentences tombent parfois plus vite que les faits.
Dans les deux cas, on perd quelque chose d’essentiel : notre capacité à vivre ensemble malgré nos différences.
Il faut pourtant faire une distinction importante entre exprimer une opinion qui dérange et tenir des propos qui incitent à la haine ou à la violence. Tout désaccord n’est pas une agression. Et toute critique n’est pas une tentative de censure.
Mais il y a un autre acteur dans cette histoire qu’on oublie trop souvent : les plateformes numériques. Elles ne sont pas de simples espaces où les gens échangent librement. Leurs algorithmes décident en grande partie de ce que nous voyons, de ce qui circule et de ce qui devient viral. Et quand l’indignation, la peur et la confrontation génèrent de l’engagement, il ne faut pas s’étonner de voir les divisions prendre autant de place.
Nous avons laissé des entreprises privées exercer une influence considérable sur nos conversations collectives, avec des intérêts commerciaux qui ne correspondent pas nécessairement aux intérêts démocratiques.
Alors, comment retrouver un véritable espace de discussion?
Certainement pas en laissant tout dire au nom de la liberté. Mais pas davantage en faisant taire systématiquement ceux qui pensent autrement.
La liberté d’expression vient avec des responsabilités. Celles de la personne qui prend la parole, de celle qui lui donne une tribune, de celle qui diffuse ses propos et, oui, de celle qui réagit.
Nous devons réapprendre à débattre sans chercher à détruire l’autre. À distinguer les faits des opinions, les désaccords des attaques et la critique légitime de la haine. Et surtout, à ne pas confier aux algorithmes le soin de déterminer ce qui mérite notre attention et notre indignation.
Une démocratie en santé n’est pas une société où tout le monde pense pareil. C’est une société où nous sommes capables de confronter nos idées sans perdre de vue notre humanité.
Et cette responsabilité nous appartient collectivement. Pas seulement aux gouvernements, aux médias ou aux plateformes. À nous aussi.
Et pour dire la vérité, je suis personnellement découragée par la façon que les propos réflexifs ne génèrent pas de partages, de « likes » ou de commentaires. L’une des raisons est justement les foutus algorithmes de l’ignorance qui préfèrent nous garder collectivement dans l’indignation, la polarisation et surtout l’ignorance crasse. Mettre en valeur un contenu dérangeant leurs plans est programmé par défaut pour être banalisé et relégué aux oubliettes algorithmiques.
À moins bien sûr que tu contribues à combattre ces algorithmes en partageant, commentant et en « likant ».
Stone, le monde est stone… comme le chantait Fabienne Thibault. Et on peut comprendre pourquoi!
Reprenons le contrôle du narratif et ça commence avec chacun de nous!

PS Si tu me suis, tu connais mon projet de l’Institut d’Écohérence. Ce projet vise justement à donner la parole aux citoyens et instaurer une démocratie participative. Un espace de discussion libérée de l’influence des algorithmes et des politiciens. Si cela pique ta curiosité, visite notre site ecoherence.net .
PPS Si tu as peur, c’est peut-être une bonne nouvelle. Lis ce billet : Nous avons peur. Et si c’était la bonne nouvelle_
En savoir plus sur Sylvie Bédard - Complice de votre Présence
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.