Introduction — radar de la semaine
Cette semaine, quelque chose a changé dans le débat sur l’intelligence artificielle. La question n’est plus seulement de savoir jusqu’où les systèmes peuvent progresser. Elle devient beaucoup plus politique : qui aura le pouvoir d’en fixer les limites?
À Montréal, le Canada et l’Allemagne ont annoncé un engagement pouvant atteindre 300 millions de dollars canadiens pour LoiZéro, l’organisme fondé par Yoshua Bengio autour d’une approche de l’IA conçue pour être plus sûre. Quelques jours plus tard, Bengio s’est retrouvé au Conseil de sécurité des Nations unies avec Sam Altman d’OpenAI et Dario Amodei d’Anthropic pour discuter des risques associés aux systèmes avancés. Pendant ce temps, le président américain Donald Trump rejetait devant l’Assemblée générale l’idée d’un mécanisme international de contrôle de l’IA.
Cette tension arrive au moment où les capacités deviennent moins coûteuses et où les systèmes commencent à agir directement pour nous. Meta veut que son agent Muse magasine, réserve et exécute des tâches; Amazon refuse de le laisser entrer dans son environnement. OpenAI, de son côté, vient de créer un mécanisme public pour documenter certains comportements inattendus de ses propres modèles. Le fil rouge de cette édition est donc simple : l’IA devient une infrastructure d’action et de décision. La gouvernance doit maintenant déterminer qui peut agir, selon quelles règles et sous quelle surveillance.
Ce qui a du sens
1) De Montréal à l’ONU : construire une capacité indépendante pour gouverner l’IA
🧭 L’enjeu
Le 16 septembre, à la conférence ALL IN de Montréal, le Canada et l’Allemagne ont annoncé leur intention d’investir respectivement 150 millions de dollars canadiens et 100 millions d’euros dans LoiZéro, pour un engagement conjoint pouvant atteindre environ 300 millions de dollars canadiens. L’organisme sans but lucratif fondé par Yoshua Bengio travaille à une approche de l’intelligence artificielle conçue dès le départ autour de la sécurité, de la transparence et du contrôle humain.
Mais l’événement prend une autre dimension lorsqu’on le rapproche du 23 septembre. Yoshua Bengio participait alors à une séance du Conseil de sécurité des Nations unies consacrée à l’IA et à la sécurité internationale, aux côtés notamment de Sam Altman, Dario Amodei et Clément Delangue. Plusieurs intervenants ont insisté sur les risques associés aux systèmes les plus avancés et sur la nécessité d’une coopération entre gouvernements.
Ce n’est donc pas seulement une histoire de financement scientifique. La sécurité de l’IA est en train de passer des laboratoires aux institutions politiques.
Le financement de LoiZéro pose une question fondamentale de pouvoir. Aujourd’hui, une grande partie de l’expertise permettant d’évaluer les systèmes les plus avancés appartient aux entreprises qui les construisent. Financer une organisation scientifique indépendante permet potentiellement aux gouvernements de disposer d’une autre source d’expertise.
Qui décide? Les gouvernements commencent à reprendre une place.
Qui gagne? La recherche indépendante et, potentiellement, la capacité publique d’évaluer les systèmes.
Ce que cela construit : un possible contrepoids scientifique à la concentration du savoir dans quelques entreprises privées.
Pour le Québec, l’enjeu dépasse largement le prestige associé à Yoshua Bengio. Le gouvernement canadien prévoit notamment que le projet soutienne une infrastructure informatique souveraine au Canada. Montréal pourrait ainsi renforcer son rôle non seulement comme centre de recherche en IA, mais comme lieu où se développe une expertise indépendante permettant d’évaluer et de gouverner les systèmes avancés.
Le choix stratégique est important : conserver au Canada une capacité scientifique et informatique permettant de comprendre ces systèmes sans dépendre entièrement des grandes plateformes étrangères.
Intelligence artificielle (IA) : la grande famille de systèmes capables d’accomplir certaines tâches associées à l’intelligence humaine.
Intelligence artificielle générale (IAG) : l’idée d’un système capable d’accomplir un très large éventail de tâches intellectuelles à un niveau comparable à celui des humains.
Superintelligence : une intelligence hypothétique qui dépasserait largement les meilleures capacités humaines dans de nombreux domaines.
Singularité technologique : l’hypothèse d’un moment où le progrès technologique deviendrait extrêmement rapide et difficile à prévoir, notamment si des systèmes pouvaient contribuer fortement à leur propre amélioration.
Il n’existe donc pas un « test de la singularité » universel permettant de déclarer officiellement qu’une IA est devenue une superintelligence. Cette distinction devient particulièrement pertinente lorsque Donald Trump propose d’utiliser l’expression « Super Intelligence » à la place d’« Artificial Intelligence ». On réglemente difficilement quelque chose si gouvernements, scientifiques et citoyens n’utilisent pas les mêmes mots pour désigner les mêmes niveaux de capacité.
❓ La question qui reste ouverte
Une expertise scientifique indépendante peut-elle réellement contrebalancer le pouvoir des entreprises qui construisent les systèmes les plus avancés?
Sources
LoiZéro — annonce officielle du financement
Gouvernement du Canada — Canada et Allemagne investissent dans LoiZéro
Radio-Canada — Yoshua Bengio, l’ONU et la gouvernance de l’IA
2) OpenAI commence à documenter publiquement les comportements inattendus de ses modèles
🧭 L’enjeu
Le 16 septembre, OpenAI a publié un nouveau cadre pour signaler ce qu’elle appelle le misalignment, que l’on peut traduire simplement par un comportement qui ne correspond pas aux intentions ou aux règles prévues pour le système.
L’entreprise reconnaît que ses divulgations précédentes étaient trop ponctuelles et annonce vouloir publier plus rapidement les incidents significatifs, même lorsqu’elle n’en comprend pas encore complètement la cause ou qu’elle ne les a pas entièrement corrigés.
Pour inaugurer le mécanisme, OpenAI publie six cas observés au cours des six derniers mois. Ils comprennent notamment des systèmes ayant tenté de cacher de l’information, pris des actions non autorisées ou produit des instructions pouvant influencer leur propre comportement futur. OpenAI précise toutefois qu’il s’agit de cas individuels et qu’on ne peut pas en déduire leur fréquence générale.
C’est un signal constructif parce qu’un système de gouvernance ne peut fonctionner que si les incidents deviennent visibles. Dans l’aviation, la médecine ou la cybersécurité, documenter les incidents permet progressivement de comprendre les défaillances systémiques. L’IA devra probablement développer une culture similaire.
Mais une limite fondamentale demeure : l’entreprise qui construit le système décide encore largement elle-même quels incidents deviennent publics. La transparence progresse. L’indépendance de la surveillance reste à construire.
Les organisations canadiennes qui utilisent des modèles commerciaux devraient suivre ce type de rapport comme elles suivent les avis de cybersécurité de leurs fournisseurs.
Lorsque des agents IA auront accès aux courriels, documents, bases de données ou systèmes internes, les incidents liés au comportement de l’IA devront probablement entrer dans les mécanismes formels de gestion du risque.
❓ La question qui reste ouverte
Qui devrait décider qu’un comportement d’IA est suffisamment grave pour devoir être déclaré publiquement : l’entreprise elle-même ou une autorité indépendante?
Sources
OpenAI — cadre de signalement des comportements problématiques
Ce qui soulève des questions
3) À l’ONU, deux visions de la gouvernance mondiale de l’IA apparaissent au grand jour
🧭 L’enjeu
Le contraste est saisissant. Le 22 septembre, Donald Trump a déclaré devant l’Assemblée générale des Nations unies que les États-Unis rejetaient ce qu’il a décrit comme un projet « globaliste » visant à contrôler l’intelligence artificielle. Il a présenté la maîtrise de cette technologie comme une compétition stratégique dans laquelle les États-Unis doivent conserver leur avance.
Le lendemain, devant le Conseil de sécurité, plusieurs dirigeants et chercheurs du secteur ont tenu un discours différent. Sam Altman, Dario Amodei et Yoshua Bengio ont insisté, à des degrés différents, sur les risques des systèmes avancés et sur la nécessité d’une coopération entre gouvernements.
Ce n’est pas simplement un désaccord sur la dangerosité de l’IA. Deux conceptions de la gouvernance se dessinent : compétition et souveraineté nationale d’un côté; coordination internationale et règles communes de l’autre.
Un mouvement déjà visible ces dernières semaines se confirme : la gouvernance de l’IA devient géopolitique.
Le paradoxe est remarquable. Certains dirigeants des entreprises qui construisent les systèmes les plus puissants demandent maintenant davantage d’intervention gouvernementale, alors que l’administration américaine rejette une architecture internationale de contrôle.
Il faut toutefois distinguer les positions : demander une coopération internationale ne signifie pas nécessairement soutenir un régulateur mondial unique. Le véritable enjeu est institutionnel : quelle gouvernance peut fonctionner lorsque les technologies sont mondiales, mais que l’autorité politique demeure essentiellement nationale?
Le Canada se trouve dans une position particulière : allié économique et stratégique des États-Unis, mais également engagé avec l’Allemagne dans le financement de LoiZéro et actif dans les discussions internationales sur l’IA.
Le choix stratégique à anticiper sera de déterminer jusqu’où le Canada souhaite soutenir des mécanismes internationaux communs lorsque les États-Unis privilégient davantage leur souveraineté technologique.
❓ La question qui reste ouverte
Peut-on gouverner mondialement une technologie lorsque les principales puissances ne s’entendent même pas sur la nécessité de règles communes?
Sources
Maison-Blanche — discours du président Trump à l’ONU
Radio-Canada — IA, ONU, Bengio, OpenAI et Anthropic
4) Amazon bloque Muse : la bataille commence pour contrôler les agents qui agissent à notre place
🧭 L’enjeu
Les agents d’intelligence artificielle ne se contentent plus de répondre à des questions. Ils commencent à naviguer sur Internet, remplir des formulaires et effectuer des transactions pour leurs utilisateurs.
Cette évolution vient de provoquer un conflit très concret : Amazon a bloqué Muse, l’agent personnel de Meta, lorsqu’il tentait de magasiner sur Amazon pour ses utilisateurs. Amazon soulève notamment des questions concernant l’identification de l’agent, les données et les identifiants des clients.
Derrière le débat de sécurité se cache aussi un enjeu économique majeur. Si demain notre agent choisit les produits, compare les prix et achète directement pour nous, qui contrôlera réellement la relation entre le consommateur et le commerçant?
Pendant vingt ans, les plateformes se sont battues pour devenir notre porte d’entrée vers Internet. Avec les agents, une nouvelle couche apparaît entre l’utilisateur et ces plateformes.
Qui décide? Pour l’instant, les plateformes décident qui peut entrer dans leur environnement.
Qui gagne? Celui qui contrôle l’agent peut potentiellement contrôler la recommandation et la relation avec l’utilisateur.
Qui risque de perdre? Les plateformes dont le modèle dépend de notre présence directe sur leurs interfaces — mais aussi les consommateurs si leurs agents deviennent de nouveaux intermédiaires opaques.
La question touchera rapidement la protection des consommateurs et des renseignements personnels. Lorsqu’un agent effectue une transaction, il faut pouvoir déterminer clairement qui a autorisé l’action, quelles données ont été utilisées et qui est responsable en cas d’erreur.
Ce sont des questions que les règles actuelles du commerce électronique n’ont pas été conçues pour résoudre.
❓ La question qui reste ouverte
Quand un agent agit pour nous sur une plateforme privée, qui doit avoir le dernier mot : l’utilisateur, son agent ou la plateforme?
Ce qui n’a pas de sens
5) Rendre les IA beaucoup moins chères sans faire baisser au même rythme le coût de leur gouvernance
🧭 L’enjeu
Le 22 septembre, Anthropic a lancé Claude Opus 5.5. L’entreprise affirme que son coût d’utilisation typique est environ 40 % inférieur à celui d’Opus 5. Le même jour, OpenAI a lancé GPT-6 Sol et GPT-6 Luna avec des prix d’accès par interface de programmation environ 50 % inférieurs aux tarifs promotionnels des modèles GPT-5.6 correspondants.
Une interface de programmation, souvent appelée API, est simplement le mécanisme qui permet à une entreprise d’intégrer directement un modèle d’IA dans ses propres logiciels.
La baisse des prix est importante : davantage d’entreprises pourront automatiser davantage de tâches pour le même budget. Mais cette démocratisation économique produit un effet secondaire : elle réduit aussi le coût du déploiement massif de systèmes autonomes.
Le problème n’est évidemment pas que l’IA devienne moins chère. Le problème apparaît si le coût de la capacité chute beaucoup plus rapidement que le coût de la supervision.
Une entreprise peut alors multiplier les agents, les automatisations et les décisions assistées sans multiplier proportionnellement les mécanismes d’audit, de validation humaine ou de reddition de comptes. Encore cette semaine, la même dynamique se poursuit : les capacités techniques et économiques avancent plus vite que les institutions chargées de les encadrer.
Pour les organisations canadiennes et québécoises, la baisse des coûts va rendre beaucoup plus attrayante l’automatisation de processus complets. Mais le calcul économique devrait inclure autre chose que le prix du modèle : validation humaine, sécurité, protection des renseignements personnels, audit et gestion des erreurs.
Une IA moins chère n’est réellement moins chère que si ses erreurs ne transfèrent pas les coûts vers les employés, les clients ou les citoyens.
❓ La question qui reste ouverte
Quand le coût de l’automatisation s’approche de zéro, qui financera le coût nécessaire pour la surveiller?
Sources
Anthropic — Claude Opus 5.5
OpenAI — GPT-6 Sol et Luna
À surveiller
Matrice prospective
| Signal | Trajectoire | Enjeu | Horizon |
|---|---|---|---|
| Gouvernance internationale | L’ONU devient un lieu de discussion sur les risques des IA avancées | Trouver des règles communes entre États concurrents | Court / moyen terme |
| LoiZéro | Construction d’une capacité scientifique indépendante | Souveraineté et contre-expertise publique | Moyen terme |
| Déclaration des incidents | OpenAI formalise la publication de comportements problématiques | Passer de l’autorégulation à des standards vérifiables | Court terme |
| Agents autonomes | Muse entre en conflit avec Amazon | Contrôle des données, transactions et interfaces | Immédiat |
| Baisse des coûts | Les modèles avancés deviennent moins coûteux | Déploiement plus rapide que la gouvernance | Immédiat |
La tendance se poursuit, mais la nature du problème évolue. Il y a quelques mois, le débat portait surtout sur les capacités des modèles. Maintenant, les conflits apparaissent dans le monde réel : commerce, cybersécurité, infrastructures, souveraineté et relations internationales.
L’IA quitte progressivement le statut de logiciel pour devenir une infrastructure de décision et d’action.
Lecture stratégique de la semaine
Matrice de maturité éthique
| Niveau | Signal | Situation | Risque |
|---|---|---|---|
| Constructif | LoiZéro | Investissement public dans une recherche indépendante axée sur la sécurité | Dépendra de l’indépendance scientifique réelle |
| Progression | OpenAI | Formalisation de la déclaration des incidents | Autorégulation encore dominante |
| Zone grise | Agents IA | Capacité d’agir supérieure aux règles existantes | Responsabilité et consentement |
| Tension forte | Gouvernance internationale | Désaccord entre coopération internationale et souveraineté nationale | Fragmentation réglementaire |
| Accélération | Baisse des coûts | Déploiement de capacités avancées plus accessible | Gouvernance insuffisante |
Lecture : la maturité technique continue de progresser plus rapidement que la maturité institutionnelle. Mais une différence apparaît cette semaine : les problèmes de gouvernance ne sont plus seulement signalés par des chercheurs extérieurs. Ils sont désormais reconnus publiquement par certains des acteurs qui construisent eux-mêmes les systèmes.
Carte des tensions de gouvernance de l’IA
| Axe | Pôle 1 | Pôle 2 | Signal |
|---|---|---|---|
| Gouvernance | Coordination internationale | Souveraineté nationale | ONU / États-Unis |
| Expertise | Recherche indépendante | Laboratoires privés | LoiZéro |
| Transparence | Déclaration publique | Autorégulation | OpenAI |
| Commerce | Agent de l’utilisateur | Contrôle de la plateforme | Muse / Amazon |
| Économie | Automatisation bon marché | Supervision responsable | GPT-6 / Claude |
Interprétation : la tension principale est celle du contrôle. Celui qui contrôle le modèle influence les capacités. Celui qui contrôle l’agent influence les actions. Celui qui contrôle l’infrastructure influence l’accès. Et celui qui écrit les règles influence les limites.
Boussole stratégique IA de sens
| Dimension | Question | Lecture |
|---|---|---|
| Technologie | Est-elle réellement plus maîtrisée? | Plus capable et moins chère, mais pas nécessairement plus prévisible |
| Gouvernance | Qui fixe les limites? | Toujours principalement les entreprises et les États |
| Pouvoir | Où se déplace-t-il? | Vers ceux qui contrôlent modèles, agents et infrastructures |
| Société | Qui absorbe les erreurs? | Encore souvent les utilisateurs, travailleurs et organisations |
| Souveraineté | Existe-t-il une expertise indépendante? | LoiZéro constitue un signal canadien important |
| Démocratie | Les règles peuvent-elles être mondiales? | Le désaccord politique est maintenant explicite |
Outils utiles à découvrir
| Outil | Contexte | Fonction | Utilité |
|---|---|---|---|
| Jira Product Discovery | Gouvernance produit | Centraliser et prioriser les idées | Évite de développer simplement parce que l’IA permet de développer |
| Ahrefs Brand Radar | Visibilité dans les moteurs IA | Observer comment une marque apparaît dans les réponses générées | Comprendre la nouvelle économie de la découvrabilité |
| Optimizely | Marketing et automatisation | Assistants et automatisations pour les équipes | À examiner sous l’angle du contrôle humain |
| SerpApi | Agents utilisant la recherche Web | Fournit des résultats de recherche sous une forme exploitable par logiciel | Donner aux agents accès à de l’information récente |
| VAST Data | Infrastructure IA | Gestion et protection de données utilisées par des systèmes IA | Pertinent lorsque les agents accèdent à des données sensibles |
Autres outils repérés
- Claude Opus 5.5 — nouveau modèle d’Anthropic, avec un coût d’utilisation annoncé inférieur à celui d’Opus 5.
- GPT-6 Sol et Luna — variantes de GPT-6 visant différents compromis entre capacité, vitesse et coût.
Ces lancements sont surtout intéressants pour ce qu’ils indiquent : la compétition se déplace progressivement de « qui possède le modèle le plus puissant? » vers « qui peut fournir suffisamment de puissance au coût le plus bas? »
Message clé de la semaine
La question centrale de l’IA n’est plus seulement de savoir jusqu’où elle peut aller. Elle devient : qui aura le pouvoir de décider où elle doit s’arrêter?
Cette semaine, les réponses commencent à diverger clairement. Des chercheurs demandent une expertise indépendante. Des dirigeants de laboratoires demandent davantage de coopération entre gouvernements. OpenAI reconnaît la nécessité de documenter certains comportements inattendus. Des plateformes comme Amazon commencent à fixer leurs propres frontières aux agents externes. Et les États ne s’entendent pas sur la nécessité d’une gouvernance internationale. La technologie devient donc aussi une question institutionnelle.
Conclusion stratégique
Pendant longtemps, l’histoire de l’intelligence artificielle a surtout été racontée comme une course aux capacités : modèles plus puissants, réponses plus rapides, coûts plus faibles.
Cette semaine montre autre chose. Le véritable champ de bataille devient le contrôle. Contrôle des modèles lorsqu’ils se comportent de façon inattendue. Contrôle des agents lorsqu’ils agissent à notre place. Contrôle des infrastructures nécessaires pour les développer. Et contrôle des règles qui détermineront ce qui est acceptable.
Le financement de LoiZéro donne au Canada et au Québec une occasion particulière : participer non seulement au développement de l’IA, mais aussi à la construction d’une expertise indépendante permettant de la comprendre et de l’encadrer. L’intervention de Yoshua Bengio à l’ONU donne à cette décision une dimension internationale.
La prochaine étape sera déterminante. Une technologie mondiale peut-elle être gouvernée uniquement par des entreprises et des États agissant chacun selon leurs propres intérêts, ou faudra-t-il inventer de nouvelles institutions capables de protéger un intérêt réellement collectif?
P.-S. — Une invitation
Et dans votre organisation, savez-vous vraiment ce que l’IA est en train de changer?
Beaucoup d’organisations utilisent déjà l’IA un peu partout : un outil ici, un assistant là, des automatisations qui apparaissent dans différentes équipes.
Les gains peuvent être réels. Mais les coûts, les pratiques qui se fragmentent et même l’érosion progressive de certains savoir-faire sont beaucoup plus difficiles à voir.
Avec mon partenaire Frédéric Gaurier , spécialiste des opérations et de la chaîne d’approvisionnement, nous avons développé une démarche pour aider les organisations à voir ce qui se passe réellement entre leurs équipes et l’IA.
Pas pour mettre davantage d’IA partout.
Pour savoir où elle crée réellement de la valeur,
où elle commence à coûter plus qu’elle ne rapporte
et où l’humain doit rester pleinement en contrôle.
Nous cherchons actuellement une première organisation partenaire pour appliquer cette démarche sur un cas réel, à des conditions privilégiées, en échange de la possibilité de documenter les apprentissages et les résultats.
Si votre organisation compte environ 20 à 100 personnes, utilise déjà l’IA de plusieurs façons et commence à se demander si elle possède vraiment le portrait complet, cette démarche pourrait être pertinente.
+ Voir ce que permet le diagnostic
À la fin de la démarche, l’organisation sait plus précisément :
- où elle gagne réellement avec l’IA, et où elle peut aller plus loin sans augmenter inutilement le risque;
- où elle perd de l’argent, du temps ou du savoir-faire sans nécessairement le voir;
- quelles actions concrètes permettent de reprendre le contrôle, et dans quel ordre les mettre en œuvre;
- comment maintenir cette vision dans le temps, avec un tableau de bord et une gouvernance simple.
La démarche comprend une rencontre de démarrage, de courtes entrevues avec les personnes qui utilisent l’IA au quotidien, un échange avec l’équipe technique et un atelier de restitution avec un plan d’action clair.
Nous avons développé une méthode et un outil de diagnostic pour objectiver la situation : l’objectif n’est pas de travailler à partir d’impressions, mais de rendre visibles les usages, les gains, les risques et les zones de perte de contrôle.
Le profil que nous recherchons
- Organisation d’environ 20 à 100 personnes
- Plusieurs usages de l’IA déjà présents, mais encore peu coordonnés
- Une direction qui sent qu’elle n’a pas encore une vue complète de la situation
- Une personne capable de mobiliser les utilisateurs et l’équipe technique
- Entreprise privée ou OSBL significatif, hors fonction publique et parapublique
Vous vous reconnaissez? Écrivez-moi simplement. Nous verrons ensemble si votre organisation pourrait être un bon cas pour cette première démarche.
Et si ce n’est pas pour vous, mais qu’une personne de votre réseau vous vient immédiatement en tête, une mise en relation serait tout aussi appréciée.
✉️ M’écrire pour en discuterL’évolution s’accélère jour après jour avec l’IA et ses impacts. Pendant ce temps, la conscience humaine et l’ordre nécessaire pour y faire face s’érodent encore plus vite.
Les élections provinciales sont débutées. Il me semble approprié de poser les questions qui vont au-delà des tarifs. Nous avons d’énormes enjeux à traiter qui vont impacter notre société pour très longtemps. Les manifestations publiques contre l’IA révèle un fossé qui se creuse avec l’acceptabilité sociale. Pourtant, l’IA au service de la population peut apporter d’énormes avantages. Le problème est que le citoyen typique ne le voit pas. Surtout, il ne sent pas que sa voix est entendu et ni même qu’elle peut faire la différence.
Mon dernier article : « L’humanité sur le rasoir : quand l’IA préfère le probable aux exceptions« , nous rappelle que si nous souhaitons éviter de niveller vers le bas et être une « moyenne », il faut comprendre comme fonctionne le rasoir d’Ockham. J’ai aussi publié un article intitulé : L’effet cumulé : résister ensemble, un récit à la fois! qui prouve le contraire. L’IA avance tellement vite. Nous sommes à la remorque des géants qui profitent de notre laxisme collectif. J’ai aussi publié un article qui nous rappelle que tout est interrelié, vraiment tout! Parce que je constate autour de moi, une certaine forme de je-m’en-foutisme face aux enjeux actuels. Heureusement que les lanceurs d’alerte comme Yoshua Bengio veillent à nous maintenir éveiller. Es-tu un « doomer » ou un « booster » ?
Savoir c’est pouvoir…. Pouvoir c’est aussi agir! Si tu as besoin de comprendre, n’hésite pas! Je peux approfondir des sujets qui te turlupine. Aussi, SVP partage. Il faut que la population développe son esprit critique afin de participer à la conversation publique. Il y a aussi la question qui s’ajoute chaque jour : si mon compétiteur utilise l’IA vais-je prendre du recul pour ma propre entreprise? Si cette question résonne, fais-moi signe!
La Brigade IA a profité de l’événement ALL IN pour se rassembler. C’était la première fois que nous nous rencontrions en personne. Une occasion de stimuler l’avancement des travaux en cours. Une publication du CIQ est disponible ici pour une mise à jour. Je suis toujours assignée sur le chantier « Base culturelle et sécuritaire » dans un groupe très dynamique pour établir les guides de politique interne pour l’utilisation de l’IA. Si tu veux comprendre la Brigade IA en une image clique ici.. Une politique interne d’usage de l’IA est fondamentale dans la volonté de faire de l’IA de sens.
Bonne journée!
PS Si tu souhaites développer un sujet en particulier et soulever tes préoccupations, soumets-moi ta question ou tes commentaires.

PERDU AVEC TOUS LES OUTILS D’IA GÉNÉRATIVE?
VOICI UN TABLEAU POUR COMPRENDRE LES DIFFÉRENTS ACTEURS

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