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Cela fait un bon moment que ce billet me trotte dans la tête. J’imagine que tu as lu et peut-être relu le titre pour t’assurer d’avoir bien compris. En effet, ça paraît paradoxal de parler de mémoire et d’oubli dans la même phrase. J’ai eu la même réaction la première fois que j’ai pris connaissance de ce texte écrit par Arthur Koestler tiré de son livre « Le cheval dans la locomotive : le paradoxe humain ».
Ce billet est donc un prétexte pour aborder une thématique qui est dorénavant au cœur de mes réflexions et défis quotidiens : expliciter la conscience collective afin de mettre en action la sagesse collective. C’est le défi de l’Institut d’Écohérence qui souhaite rendre l’économie compatible avec l’écologie grâce à une métamorphose sociale pacifique.
Le fonctionnement de la mémoire : la clé de voûte de notre survie
D’abord, imaginons que tous les milliers d’informations que nous cumulons quotidiennement, importantes ou insignifiantes, soient constamment dans notre mémoire vive. Il serait impossible de se concentrer et la folie serait assurément la seule porte de sortie du chaos dans notre cerveau. Il est donc prévu dans les mécanismes biologiques et neuronaux de sélectionner les souvenirs les plus pertinents et de les mettre dans des cases de notre mémoire pour un usage ultérieur lorsque nous en aurons besoin.
Cela explique déjà le fait que notre mémoire – qui emmagasine les souvenirs -permet que nous ayons la capacité d’oublier afin de libérer notre esprit pour recommencer sans cesse le cumul de nouveaux souvenirs. Un réel stockage d’information qui nous permet de puiser dans notre mémoire lorsque nous en avons besoin. Sans la mémoire, il faudrait recommencer infiniment l’apprentissage et franchement, vieillir serait donc de demeurer éternellement comme un jeune bébé qui doit réapprendre constamment.
En informatique, cela se compare à la mémoire vive et le disque dur. Dans un contexte plus évolué, nous avons dorénavant l’infonuagique (Cloud) qui a rendu les capacités de stockage de mémoire quasi infinies. Il ne faut surtout pas confondre « le cloud » avec la tête dans les nuages parce que certains ont souvent l’air d’oublier un peu vite les informations et les expériences faute de concentration. Quoi qu’il en soit, si votre ordinateur a peu de capacité de mémoire vive, il est lent. Votre disque dur quant à lui doit avoir une bonne capacité surtout si vous ne faites jamais le ménage dans vos fichiers.
Mais jusqu’ici, je parle de notre mémoire individuelle. Mémoire d’ailleurs que les personnes souffrant d’Alzheimer perdent peu à peu comme une mémoire vive qui ne fonctionne plus et un disque dur qui s’efface trop vite au grand damne de ceux et celles qui les entourent. Mais qu’en est-il de notre mémoire collective?
Je me souviens… vraiment?
Lorsque j’étais jeune, les réunions familiales du dimanche chez ma grand-mère étaient très animées. Mes tantes et oncles n’ont jamais eu la langue dans leurs poches et les discussions, bien que civilisées, ont toujours été sanguines. À titre d’observatrice, j’étais fascinée par les convictions des uns et des autres vis-à-vis des sujets variés de l’actualité. Nous pourrions croire que c’était une chambre d’écho, mais non, il y avait toujours de la divergence et de l’argumentation saine.
Je pense que la pomme n’est pas tombée très loin de l’arbre. J’ai toujours aimé les débats d’idées. C’est sain dans une société de débattre d’idées. Un peu moins de se battre pour ses idées. À moins bien sûr que « se battre » veuille dire se tenir debout pacifiquement pour défendre ses valeurs et ses croyances.
En lisant, l’extrait du livre de Koestler, j’ai pu formaliser que le stockage de notre mémoire se faisait par abstractions, car il y aurait bien trop de données à emmagasiner. C’est la raison pour laquelle les détails s’effacent avec le temps. Simultanément, chacun ayant vécu le même événement fera un tri différent dans ses souvenirs à conserver qui seront sur plusieurs plans : émotif, sensoriel ou cartésien.
Ainsi, je pourrais associer une musique à un événement et me le rappeler chaque fois que j’entends cet air, tandis que d’autres pourraient y associer une odeur ou une sensation. Sans entrer dans la notion de traumatismes, il est aisé de comprendre que les souvenirs et les interprétations d’un même événement pour les humains varient énormément. Tout le monde a raison, ou tort selon que Trump ou Musk parle avec leurs vérités alternatives. Désolée, je n’ai pas pu m’empêcher. 😉
Mais ce que je fais ressortir ici est simplement que si nous colligions toutes les données collectives extraites des mémoires individuelles, il n’y aurait donc aucun angle oublié et les biais perceptuels seraient forcément aplanis en fonction du nombre de souvenirs collectés. Ensemble, le portrait d’un même événement serait couvert sur tous les angles.
Le problème à ce jour avec la mémoire collective, c’est qu’elle écrite par des individus qui font le récit de l’histoire selon leurs points de vue au moment des faits. Ainsi, le général Jeffrey Amherst, honoré d’une rue à son nom à Montréal pendant des années, a été traité par l’histoire de ses pairs comme un héros alors qu’il a été littéralement un assassin de masse qui a tué consciemment des centaines, voire des milliers, d’autochtones avec la distribution machiavélique de couvertures contaminées à la variole.
La mémoire collective n’est pas figée; elle est continuellement réinterprétée en fonction des perceptions actuelles. Par exemple, un événement historique comme celui du général Amherst peut être perçu différemment avec le temps, en fonction des changements sociaux ou des nouvelles informations disponibles. Cette réinterprétation modifie la conscience collective en adaptant les valeurs et les croyances partagées aux nouvelles réalités.
Ainsi, pendant des années, j’ai marché dans cette rue sans connaître ces faits documentés. En 2019, la rue a été renommée Atateken qui signifie « fraternité » ou « vivre ensemble » en mohawk. Une façon de corriger l’histoire parce que certains ont osé se souvenir et rétablir les vérités alternatives qui ne cadraient plus avec les valeurs sociales actuelles.
L’obligation de mémoire est clé dans la conscience collective
La conscience collective est un concept sociologique introduit par Émile Durkheim, qui désigne l’ensemble des croyances, des valeurs, des normes et des attitudes partagées par les membres d’une société ou d’un groupe social. C’est une sorte de « mentalité » commune qui façonne la manière dont les individus pensent, se comportent et interagissent les uns avec les autres.
La mémoire et les perceptions jouent un rôle fondamental dans la formation et l’évolution de la conscience collective. Elles influencent comment une société se comprend elle-même, comment elle interprète le passé, et surtout comment elle envisage l’avenir.
Bien que la conscience collective soit une construction sociale, elle influence profondément le comportement individuel. Les individus agissent souvent en accord avec les attentes et les normes sociales, même inconsciemment, car ces normes sont intériorisées depuis l’enfance. Si vous vivez au Tibet, vous ne tuez pas une araignée…ce matin j’en ai tué deux sans le moindre remords puisque nous ne partageons pas la même conscience collective. Qui a tort ou raison? À ce stade, ce n’est pas important, mais j’ai probablement tort.
Le défi pour une société qui veut se métamorphoser drastiquement pour faire face aux défis de l’urgence climatique est justement de pouvoir rendre la conscience collective explicite, i-e, accessible et observable par toute la société. Nous avons besoin de comprendre les faits, mais surtout de partager nos perceptions puisque ce sont elles qui influencent le plus nos comportements.
Au-delà des traumatismes collectifs qui existent dans chaque région, comme si un énorme éléphant se trouvait dans le salon des humains ; notre conscience collective est marquée au fer rouge de notre mémoire générationnelle. Bien que peu de gens le voient ou le reconnaissent, nous sommes tous touchés par sa présence et tant que nous ne parviendrons pas à le reconnaître ou à en prendre soin de manière adéquate, l’éléphant grandira.
— Thomas Hübl , extrait de son livre, Healing Collective Trauma.
Si demain matin vous réalisez qu’une bonne partie du monde pense comme vous, vous endossez soudainement la norme sociale associée à cette perception en toute légitimité et ouverture. Vous sortez de votre mutisme et devenez plus confiant de partager votre pensée. Vous sortez l’éléphant de la pièce. Il suffit de 3.5% de la société pour en influencer les changements de comportement de manière pacifique. Cela a été mesuré et documenté.
Souvenons-nous durant la pandémie à quel point la conscience collective a été influencée par les médias et la communication gouvernementale. Il ne fut pas long que la division se soit opérée parmi les individus qui endossaient le gouvernement et les autres qui refusaient de se plier aux consignes sanitaires. Cette pandémie a divisé des familles et des cercles sociaux à jamais et je sais de quoi je parle.
Plusieurs ont pu constater les écarts entre le niveau de conscience collective vs individuel qui prévalaient chez certains. Pour les uns, nous protégions ceux et celles qui nous aiment en se protégeant soi-même, et pour les autres, nous étions les victimes consentantes de la plus grande manipulation du siècle qui faisait crier « libaarrrté » aux plus enragés et frustrés. Un véritable combat entre libertés individuelles et conscience collective.
Qui croire dans ce monde manipulé?
C’est justement cette question fondamentale qui nourrit mes efforts d’action pour changer les choses. J’ai écrit un livre sur l’urgence de mettre une gouvernance sévère et contrôlée de l’IA afin de viser une souveraineté numérique. Une urgence que des penseurs modernes comme Yuval Noah Harari et Yoshua Bengio ne cessent de rappeler.
Une récente vidéo en anglais de M. Harari en dit long.
Et si l’IA devenait totalement incompréhensible pour les humains ? La différence entre 1 % de l’humanité qui comprend le fonctionnement de l’IA et l’absence totale de compréhension pourrait être considérable.
Un résumé ici : Yuval Noah Harari discute des défis et opportunités que l’IA pose pour la finance mondiale et la société, soulignant la nécessité d’une régulation pour éviter une crise sociale et politique. Il met en garde contre un avenir où les décisions pourraient être prises par des algorithmes, mais reste optimiste quant à la capacité humaine à s’adapter et à utiliser l’IA de manière responsable. Harari souligne également l’importance de maintenir la confiance entre les gens et de veiller à ce que l’IA soit utilisée pour le bien commun, tout en reconnaissant son potentiel créatif.
Voir la discussion complète ici : bit.ly/YNH-BIS
Et si on s’écoutait?
Entre les médias, les discours politiques, les manipulations algorithmiques de l’information, à quel moment la voix citoyenne non manipulée est-elle valorisée? À quel moment avons-nous accès à un partage collectif de nos préoccupations profondes, de nos perceptions apolitiques de l’avenir ou même les priorités des défis que nous considérons comme importants? Je parle des enjeux collectifs qui exigent des actions immédiates. Il ne s’agit pas de choisir le nom d’une rue.
Avant de prendre des décisions au nom des citoyens et d’engager des générations futures dans une filière batterie ou un autre méga projet de milliards de dollars qui nous éloigne d’une économie écohérente, il serait urgent de pouvoir partager la conscience collective en temps réel. Certains politiciens comprennent l’obligation de l’acceptabilité sociale, mais qui détermine que la « société » trouve acceptable une décision? Et pour qui?
L’époque des sondages est révolue. Les résultats d’un sondage auprès de quelques centaines de personnes sont une photo statistique à une date figée dans le temps et déjà obsolète lorsque les résultats sont analysés à partir de questions déjà elles-mêmes orientées en fonction des réponses recherchées.
Pour transformer l’économie, nous aurons besoin d’outils solides pour pouvoir adresser l’hypercomplexité à laquelle le système sociétal est confronté. Il faut non seulement revoir nos manières de faire, mais surtout les raisons pour lesquelles on le fait.
La mémoire permet de ne pas oublier que le cheval représente nos instincts primitifs et que la locomotive est la représentation de notre intellect moderne. La conscience, quant à elle, sert à comprendre que dans la locomotive, il y aura toujours le cheval transformé en « chevaux vapeur » et que malgré les contradictions et les paradoxes inhérents à la nature humaine, cela nous distinguera toujours d’une intelligence artificielle ou purement cartésienne.
En effet, peu importe ce que notre mémoire veut, ou peut retenir, elle définira toujours nos choix pour le futur que nous souhaitons, mais surtout le futur que nous choisirons pour les générations futures. Nous sommes collectivement la somme de nos mémoires individuelles et notre instinct de survie est souverain.
En somme, la mémoire collective fournit le cadre historique et culturel dans lequel la conscience collective se développe, tandis que les perceptions actuelles orientent comment cette mémoire est utilisée et interprétée. Ensemble, elles façonnent la manière dont une société se voit, comprend son passé et anticipe son futur.

L’Institut d’Écohérence a l’ambitieux projet d’instrumenter la conscience collective afin qu’elle soit une voix entendue, partagée et accessible collectivement pour enclencher la métamorphose sociale urgemment.
Et toi, as-tu le goût de participer à ce premier projet de conscience collective avec des gens allumés comme toi? Peut-être aurais-tu même le goût de développer de nouvelles compétences en holosystémie? (Euh! C’est quoi ça… suis les publications de l’Institut d’Écohérence pour connaître nos activités)
Tu peux aussi me faire signe…et surtout tu peux oublier bien des choses, mais rappelle-toi de ce billet de blogue 😉
Bonne fin d’été… la rentrée, c’est bientôt!

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Un commentaire sur « La mémoire, ça sert à oublier… »