La pénurie de la main-d’œuvre : changer les paradigmes!

Un autre article sur le manque criant de main-d’œuvre dans l’actualité. Ce problème est non seulement catastrophique, mais il ira en s’aggravant au fil des années emportant avec lui des victimes collatérales. Les premières victimes c’est nous les clients. La dégradation du service est telle qu’un service de qualité normale paraît extraordinaire depuis un certain temps. Particulièrement dans les restaurants, les commerces et les centres d’appels où faire attendre le client est la nouvelle norme.

De mon côté, le manque de ressources touche tellement le cadre de mon travail, que la majorité de mes clients ne veulent plus attirer des clients, ils veulent attirer des employés. J’ai même un client qui paie une ressource (chanceux, il en a trouvé une) pour répondre aux clients que le calendrier de projets est plein jusqu’en 2022. Donc faire du marketing dans un tel contexte est devenu non seulement inutile, mais carrément suicidaire. En plus, son référencement naturel est tellement efficace que cela est déjà au-delà de sa capacité à répondre à la demande. Sans compter que répondre à la demande pour d’autres clients est devenu un défi quotidien, alors on oublie la croissance.

J’ai aussi des clients qui ont profité de la pandémie pour vendre leur entreprise pour jeter l’éponge face aux défis d’approvisionnement et de main-d’œuvre.

Aucun de mes clients n’est épargné par cette pénurie de main-d’œuvre. Les employés profitent même d’un congé de maladie ou de maternité pour se magasiner l’emploi de leur rêve. Il faut le dire, ils ont l’embarras du choix. La loyauté est devenue un mot évacué des mœurs des jeunes générations qui vivent dans la pyramide du pouvoir inversée où la loi de la jungle prévaut. Les plus incompétents, comme les plus compétents trouvent toujours mieux ailleurs dans un tel contexte.

Et comme si ce n’était pas assez, les employés en situation de pouvoir deviennent tyranniques. Un extrait du film « Le guide de la famille parfaite » illustre cette ironie dont les gestionnaires doivent faire face chaque jour (voir la bande-annonce à la minute 1 :09 un petit avant-goût). Rions un peu!

Des gestionnaires pompiers et funambules

Après un long moment d’arrêt d’activités sociales, j’ai joué mon premier tournoi de golf le 23 septembre dernier. Je partageais ma voiturette de golf avec le président d’une manufacture. Il a passé beaucoup de temps au téléphone. Vous savez de quoi il a parlé lors de chaque appel? Gestion de crise avec des problèmes de retard de livraison et défis à combler au-delà d’une vingtaine de postes dans son usine. Inutile de dire que sa stratégie marketing est le dernier de ses soucis. Cela étant dit, côtoyer son désarroi pendant le parcours m’a inspiré aussi ce billet.

C’est une crise que nous vivons… Imaginez les pertes de temps pour les gestionnaires qui doivent calmer les clients frustrés et les défis à combler les chaînes de production. Toujours en gestion de crise, éteindre des feux, ça finit par éteindre la motivation aussi.

J’ai une cliente qui de son côté est en continuelle corde raide entre les postes à combler, les démissions, les arrêts COVID et les congés de maternité. Et chaque jour, elle doit composer avec une nouvelle réalité de travail qui change au gré des surprises que ses employés lui imposent pour un rhume, un confinement préventif, un enfant malade, un rendez-vous, etc.

J’ai aussi une amie en RH qui a en permanence au-delà de 200 postes à combler dans le domaine des résidences pour personnes âgées. C’est le jour de la marmotte depuis des années, on pourvoit un poste, nous perdons deux employés.

Une rotation de personnel qui bat des records partout. Un cercle vicieux entre employeurs qui jouent le jeu de la guerre aux ressources avec ou sans expérience à coup de surenchères. Déjà, il y a dix ans, recruter de jeunes directeurs financiers dans les banques était un défi titanesque. Il suffisait d’avoir trouvé le bon pour se faire dire en fin de journée qu’il avait accepté un emploi ailleurs! Aujourd’hui, ce sont des offres sur le champs qu’il faut prévoir.

Être gestionnaire en 2021, c’est un réel tour d’acrobatie et de gestion de crise. Nul n’y échappe. Soit la pandémie a créé une pression sur les opérations, soit sur le manque de revenus. Même le développement de produits est arrêté pour la plupart des entreprises faute de pouvoir aller jusqu’au bout du processus dixit un client en design industriel!

Le marketing de la marque employeur

Les entreprises ne savent plus où améliorer la valeur de leur proposition globale pour être l’employeur le plus attrayant. Cela fait un bon moment que la partie ne se joue plus sur les avantages sociaux puisque tout le monde s’y ai mis. Et comme si le défi d’attraction de la main-d’œuvre n’était pas suffisant, encore faut-il s’attarder au défi de la rétention. Mettre un bouchon dans le bain au lieu de simplement remplir la baignoire. Vos employés malheureux seront les heureux de vos compétiteurs… enfin… ils aiment le croire!

Et sur ce point, les forces vives en cours sont un éternel combat qui place l’employeur sur la corde raide. Avez-vous une idée de ce qu’est gérer en pareilles conditions? Autre conséquence et possible explication des nombreux postes vacants : des gestionnaires en épuisement professionnel.

Le gouvernement se mêle aussi de la partie en prenant des méthodes d’attraction avec nos taxes (dossier infirmier-ères), alors que depuis des lunes, c’était la rétention le vrai problème.

J’ai accompagné un joueur majeur dans les services de placement de ressources temporaires en 2010, à mettre en place un système de gestion informatique pour le placement infirmier. Il est ultra riche aujourd’hui et il a vidé le système hospitalier du personnel à la recherche d’une qualité de vie. Dire qu’au départ son entreprise était le plan B pour les gestionnaires d’hôpitaux, mais il est devenu le plan A permanent. Il a exploité la faiblesse du système : l’incapacité à retenir les employés déçus et prêts à faire le pas pour changer leurs conditions.

Aujourd’hui, c’est l’hécatombe partout. Nous pourrions croire que tout cela est exagéré, mais non. Je dirais que c’est même pire qu’on le dit. Parce que tout ce bordel a des conséquences graves par ricochet. Les vases communicants sont une cascade de conséquences néfastes partout dans l’économie. Demandez à ceux qui vivent cette pénurie au quotidien. Dans le commerce de détail, il faut se stocker plus que d’habitude si nous ne voulons pas être confronté aux tablettes vides faute d’inventaire. C’est la fin du « just in time » aux frais des entreprises… et des clients.

Lorsque les entreprises sont à une capacité réduite par manque de personnel, forcément, ce sont des clients qui attendent un produit ou un service qui ne viendra peut-être jamais. Ils chercheront des solutions ailleurs.

Les conséquences de la pandémie sont non seulement sur la matière première et le transport des marchandises, mais sur la transformation et la livraison des services. Que dire de l’éducation, les soins de santé, l’agriculture, les garderies et la liste est longue. L’excuse COVID est un écran de fumée sur un problème bien avant la pandémie.

Faire du marketing en pareilles circonstances est de plus en plus vital pour certains et questionnable pour d’autres. Mais nul n’échappe au besoin de faire du marketing « employeur » et pourtant… Chaque jour, cette pression se fait sentir partout. Pas une seule occasion ratée de dire : nous cherchons un candidat pour ceci ou cela. Même France Beaudoin a fait du recrutement à l’émission « Tout le monde en parle » dimanche dernier. Le marketing revu et corrigé à l’air du temps : nous avons besoin de ressources!

Autres conséquences déjà bien senties, le manque de relève entrepreneuriale et la course à l’automatisation. Comment vendre votre entreprise dans un contexte aussi difficile de recrutement de main-d’œuvre et de ressources? Ce sont des milliers d’entrepreneurs qui n’auront pas de fonds de retraite s’ils ne trouvent pas d’acheteurs. Et s’ils ferment? Des emplois qui seront perdus au profit de concurrents étrangers ou au mieux, locaux. C’est peut-être moins de postes à combler, mais à long terme, c’est notre avenir qui se joue. Notre tissu économique est fait à 80% de PME dont une grande proportion des propriétaires est au bord de la retraite.

Cette pénurie va aussi accélérer l’automatisation et le remplacement des emplois par des robots, ici connue sous le libellé de l’industrie 4.0. Et franchement, nous n’aurons que nous à blâmer si un jour, nous pleurons les emplois perdus au bénéfice des robots. Et l’histoire se répète. Écoutez la série : Les opératrices du téléphone sur Netflix. Elles ont perdu leur emploi le jour où le téléphone à roulette est arrivé. Sans compter qu’elles sont les ancêtres de la collecte d’informations à notre insu. 😉

Mais que faire face à tous ces défis?

Tout converge vers une redéfinition des priorités en entreprise, des attentes clients, des règles économiques, de l’urgence climatique et des forces politiques. Nous avions déjà les attaques du GAFAM sur notre économie, maintenant le défi des ressources qualifiées (ou à qualifier) accentué par les défis environnementaux et les conséquences de la pandémie en guise de cerise sur le sundae. Nul doute, il faut agir!

La définition de la folie : toujours refaire la même chose et espérer des résultats différents!

Que tu sois gestionnaire, entrepreneur, salarié, étudiant ou chômeur, ce billet est pour tout le monde.

Nous devons redéfinir les règles du jeu. Nouvelle réalité égale nouvelles règles. Nouvelles règles fiscales, nouvelles règles de programmes de formation, révision des filets sociaux, redéfinition des politiques d’immigration, changement d’attitude avec les personnes de 50 ans et plus, incitatifs à la conservation de son emploi, etc. Nous ne pouvons pas reconstruire le monde postpandémique avec la même attitude que nous avions auparavant. Même si nous le voulions, c’est impossible. Tout a changé.

Est-il normal que nous payions des candidats potentiels à rester assis à la maison à ne rien faire avec nos taxes? C’est honteux et inexplicable vu l’état de la situation. À quand un système d’assurance-emploi qui tiendra compte de la réalité des secteurs industriels ou de l’employabilité des « chômeurs ». Peut-on encore accepter que des gens ne travaillent pas, s’ils sont en bonne santé ou sans contraintes physiques ou mentales?

Comment justifier que nous soyons sans cesse à la recherche de main-d’œuvre étrangère quand nous avons tous un voisin ou une connaissance qui ne fout rien à la maison? Il serait temps que nous élargissions les mailles du filet social afin de stimuler l’envie de travailler.

Pourquoi pas une prime pour sortir d’une carrière d’assisté social ou d’un cercle permanent de chômage? Ici la prime peut aussi être un avantage fiscal à l’employeur qui réussit à engager une telle personne. Encore mieux, pourquoi ne pas rendre les conditions plus sévères pour les employés qui quittent un emploi et ceux qui demandent un soutien de l’état ?

Nous sommes devenus une société tellement tolérante que nous perdons de vue l’essentiel… nous ne pouvons pas avoir des employés qui travaillent de façon obligatoire en heures supplémentaires et d’autres qui font du surplus de temps à la maison.

Sérieusement, je ne vois aucune raison pour qu’une personne en santé ne trouve pas un travail dans notre contexte actuel. Il faut simplement que travailler soit plus payant que de ne rien faire. Ou encore que les employeurs cessent le travail au noir. Pour ça, il faut que ça soit plus payant de déclarer des salaires que de les cacher. Quant aux compétences, la plupart des employeurs paient les formations pour intégrer les candidats. Cette excuse tient donc de moins en moins. Le gouvernement de la CAQ annonce un mini-budget pour la requalification de la main-d’oeuvre… un pas dans la bonne direction.

Quoi qu’il en soit, cela fait au-delà d’une décennie que le défi « Employeur de choix » existe. Nous sommes dorénavant au fond de l’abîme. C’est un défi collectif. Il faudra plus que jamais travailler en grappes industrielles en collaboration avec les gouvernements de tous les paliers pour remettre le train de l’équilibre économique sur les rails.

Je ne sais pas pour vous, mais moi qui vais lentement mais sûrement vers la retraite (dont le fil d’arrivée s’éloigne de plus en plus), j’ai envie de faire partie de la solution. Le 50 est le nouveau 40 et le 60 est le nouveau 50. Il faut de la relève, mais aussi de la compétence. Motivons tout le monde à travailler. Il y a 40 Chinois pour un Canadien et au rythme où vont les choses, le « Made in China » n’est pas prêt de s’arrêter. Nous ne pouvons pas nous permettre le luxe de perdre un seul travailleur.

Comment préparer l’avenir lorsque le présent nous tient par l’urgence? C’est bien ça le plus inquiétant. Nous n’avons jamais eu tant besoin de vision à long terme et pourtant….

Vous connaissez l’expérience employé? J’ai fait des conférences à ce sujet avec une collègue spécialisée en développement organisationnel, il y a quelques années. Trop tôt probablement pour susciter un intérêt. Mais vous savez quoi? Le titre de cette conférence : L’expérience client et l’expérience employé : un tandem profitable et indissociable! est plus que jamais d’actualité. Comment se porte votre indice de Présence organisationnelle? S’occuper de l’expérience employé, c’est exactement comme s’occuper de l’expérience client. Les parallèles sont identiques.

Donc s’occuper de la marque employeur est une question de rétention et honnêtement, il y a urgence.

Quant au volet attraction, je vous propose une solution inspirée du marketing pour activer votre plus précieux réseau : vos employés heureux. Donnez-vous les moyens de capitaliser sur leur bonheur et le cercle vertueux de la récompense et du plaisir de travailler avec ceux qu’on aime. Mettez en place des outils innovants afin d’attirer des candidats de qualité. Un programme de « recrutement d’affiliation » pourrait vous permettre de tirer votre épingle du jeu. Je vous invite à lire cet article qui explique pourquoi le marketing d’affiliation peut vous aider à mettre en place des mécanismes d’attraction au bénéfice de tous. Le marketing se recycle pour faire ce qu’il fait de mieux : attirer, convertir et fidéliser… au-delà des clients, les employés!

Et si vous doutez de l’importance de gérer votre marque employeur, imaginez le rattrapage à faire dans les prochains mois au rythme où vont les choses. Lorsque le tourisme sera revenu à son niveau antérieur, les spectacles, les restaurants et toutes les industries en pause forcée à cause de la COVID. Vous ne pourrez pas dire, je ne l’avais pas vu venir!

Enjeux numériques

La bonne nouvelle dans tout ça? C’est que le problème n’est plus une simple histoire de quelques entreprises, mais bien de toute notre société! Mais encore une fois, c’est toujours ceux qui s’adaptent qui survivent! Et avouons que la créativité sera sans l’ombre d’un doute un élément pour sortir de cette nouvelle réalité!

À vos marques…employeurs!

Blogue La Présence des idées

2 commentaires sur « La pénurie de la main-d’œuvre : changer les paradigmes! »

  1. Bonjour,

    Les employeurs récoltent ce qu’ils ont semé depuis 30 ans. Pas de formation, pas de considération et des abus de pouvoirs autant qu’ils peuvent. Avant ils répondaient aux CV qu’on envoyait. J’ai même eu des RH qui me contactent, auxquels j’ai répondu et qui ne donnent pas suite. Dans ce cadre ils ne méritent pas notre loyauté.

    Un employé qui quitte sans EXTREME bonne raison n’a pas droit au chômage. Donc, accepter un nouveau travail mets la personne en prison puisque qu’on ne peux quitter sans avoir trouvé.

    Avant on engageait une personne; maintenant on veut un prestataire sur appel et jetable.

    Salutations/Regards,

    Nathalie Dubé

    514.769.7789

    >

    1. Merci pour ces commentaires. Il est tout à fait vrai qu’il y a en ce moment un retour du balancier après des années d’abus de pouvoir et de laxisme des employeurs. J’en ai été moi-même victime et raison pour laquelle démarrer ma propre entreprise a été la solution pour moi. Sans aucun filet social… c’est une vraie prison et les clés sont dans nos poches. Aucun soutien si on doit s’arrêter ou si les revenus ne rentrent pas. Aucune sécurité… ZÉRO. Je me réjouis par contre de vivre au Québec où les plus pauvres sont plus riches que les autres pauvres du monde entier. Et si ça peut consoler les gens à la recherche d’un emploi, les employeurs sont pas mal plus conciliants et accommodants depuis la pandémie… ils n’ont pas le choix. Profitez-en!

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