Le monde à un « piton »… et trop souvent sur le mauvais!

L’été est terminé. Les élections aussi. Plus de 600 millions de dollars plus loin, moins de 60% des électeurs ont cru bon exprimer leur droit de vote. Un gouvernement minoritaire libéral, le jour de la marmotte quoi. Dire que dans le monde, des humains se battent au prix de leur vie pour la démocratie. Dire que des femmes n’ont pas le droit de vote dans trop de pays. Dire que des citoyens n’ont simplement qu’un semblant de démocratie comme en Russie. Et ici, 40% des Canadiens croient que leur droit de vote est inutile.

Parmi ces mêmes 40% se trouveront ceux qui saliront les politiciens dans les médias sociaux bientôt. Bien sûr, généralement sous un faux compte, une fausse identité. Faire un « x » sur un bulletin de vote était trop compliqué pour eux, mais critiquer sera d’une facilité sans nom.

Le monde dans lequel nous vivons est devenu une caricature de lui-même. Je ne parle pas même pas de la pandémie et de la division sociale que cela a engendrée dans les familles et les cercles sociaux.

Nous pensons évoluer collectivement, mais partout où je pose le regard, je ne vois que de la régression. Je suis moi-même victime de ce sombre nuage qui bloque la lumière du jour qui nous empêche de voir les choses telles qu’elles sont. Nous laissant donc seuls avec notre imagination pour compléter les pièces du puzzle manquantes.

Une réaction normale et humaine? Peut-être, mais quand les pièces manquantes sont complétées par une imagination destructive, méchante et mal intentionnée, ça donne ce que nous vivons aujourd’hui : des trolls qui gâchent la vie des autres bien intentionnés en inventant leur vérité fictive. Sans oublier que les journalistes qui sont taxés d’être les pantins du gouvernement par ces mêmes trolls!

Une petite histoire vécue récemment

J’aide une amie à faire un site Internet. Le délai était court et avoir offert mon aide et accepté a été la première erreur connaissant l’ampleur de la tâche. J’ai cru à tort que je défierais les lois improbables de la vie numérique. Longue histoire courte; le programmeur a lâché le projet à 2 mètres du fil d’arrivée. Enfin 2 mètres en théorie, parce que 2 mètres qu’on termine à coup de millimètres, c’est long… très long. Bref! Le site (après avoir cherché un plan B, C, D, E, F…. les ressources en informatique sont rares, comme bien des métiers en ce moment) s’est finalement terminé à la sueur de mon front… et de l’anxiété de mon amie. Mais, ça tient du miracle que tout fonctionne compte tenu de la complexité du projet. On pourrait dire que tout est bien qui finit bien. Un petit miracle en soit!

Mais si je parle de ça, c’est un prétexte pour parler de la méchanceté des gens à l’ère numérique. La gratuité des propos désobligeants lorsque les gens sont cachés derrière un écran… de fumée! Mon amie a commencé à m’envoyer les commentaires cinglants, virulents et carrément méchants trouvés sur un groupe privé qui la lapidait sur la place publique parce que la version originale de son nouveau site ne fonctionnait pas correctement.

Elle avait pris la courageuse décision de passer de l’ère du dinosaure à l’ère numérique en créant un site de commandes en ligne. Fini les « tites » commandes sur papier imprimées et les « tites » enveloppes avec de la petite monnaie. L’ère numérique est débarquée et la version 1 ne fonctionnait pas comme prévu malheureusement. Et parce que le site était déjà en ligne à cause des délais, il fallait gérer ça en plus.

Ces mauvaises langues auraient pu lui partager les « bugs » rencontrés via son formulaire de contact pour l’aider, mais il était plus facile pour ces âmes noires de lui nuire publiquement en pesant sur le mauvais « piton ». Wow! Voilà où en est le monde! Encore, ce n’est rien ça!

Pourquoi de tels comportements?

Je ne vais pas répéter ici ce que de nombreux journalistes écrivent ad nauseam depuis des années et particulièrement des mois sur la dérive collective et la facilité avec laquelle tout humanoïde muni d’un clavier (incluant moi) peut faire la pluie et le beau temps.

Des individus tapis derrière leur écran peuvent faire basculer la vie des autres en quelques clics et en toute impunité à 99,9% du temps. Non seulement la vérité n’a aucune importance, mais à beau mentir qui vient de loin.

Du jour au lendemain, une personnalité publique peut voir sa vie devenir un véritable enfer et d’autres personnes bien ordinaires peuvent être la cible d’arnaqueurs (d’où la difficulté à trouver des candidats de calibre). Même des arnaques de cœur comme en fait foi ce reportage de Radio-Canada, et une étude est en cours à ce sujet à l’Université du Québec à Trois-Rivières si vous souhaitez y participer.

Il ne suffit pas de perdre de l’argent pour être victime, ça peut être à plusieurs niveaux. L’idée pour être qualifiée de victime est d’en ressortir avec des blessures profondes. Qu’ont en commun les victimes? Une grande naïveté pour commencer et clairement des besoins non comblés. Parce qu’il faut le dire, la naïveté est un crime à l’ère numérique, et ces victimes n’ont qu’elles-mêmes à blâmer à se laisser prendre par de beaux parleurs. Facile à régler comme analyse, ne trouvez-vous pas?

L’effet cumulé, vous connaissez?

J’en parle depuis longtemps dans ce blogue. L’importance des microactions, la base de la Présence est justement dans ce qui ne se voit pas en HD (Haute Définition). Souvent invisible, le petit geste raté, comme le moindre sourire, peut faire basculer une impression ou un ressenti. C’est l’effet cumulé des petites actions, comme les petites calories qui créent aussi l’effet boule-de-neige.

La plupart des victimes ne sont pas lobotomisées, elles laissent simplement tisser une toile de mensonges petit à petit autour de leur besoin de croire. Les manipulateurs reconnaissent les proies faciles. Les bons cœurs, les mains tendues, l’écoute active, une période de vie difficile… tout ça, c’est comme du bonbon pour les manipulateurs.

Une femme battue ou violentée psychologiquement vit aussi ce même phénomène. La somme de tous ces petits gestes si insignifiants, analysés individuellement, mais si ravageurs, lorsque pris globalement.

C’est ainsi que les grandes réalisations se font aussi, à petits pas… Comme les grandes fraudes et les victimes de violence, à petit coup sur l’estime de soi. La noirceur, c’est l’absence de lumière… et force est d’admettre que la lumière ici pourrait aussi se nommer « vérité ».

Mais débattre ici du concept de la vérité, c’est déjà trop pour la majorité de notre monde polarisé. Chacun a « sa » vérité et généralement peu de personnes font l’effort de découvrir « la » vérité. Et comme je l’ai déjà écrit ici, les gens préfèrent croire un mensonge qui les arrangent, qu’une vérité qui dérange.  Et personne n’est à l’abri, même pas moi.

Lorsque la personne en qui vous avez le plus confiance vous déçoit, les autres ne vous disent pas : je comprends, j’aurais vécu la même chose. Non, généralement on dit : comment as-tu pu être aussi naïve? Comment as-tu pu partager ta vie avec ce gars-là sans rien faire ou voir?

Il ne faut jamais avoir connu l’effet cumulé pour dire ça. Une personne chère à moi a vécu une rupture avec son chum l’an passé. Il se disait follement amoureux d’elle. En voyant les textos qu’il lui envoyait, j’ai eu peur. Un gentil garçon complètement viré fou parce que sa douleur était trop grande. Jamais je n’aurais pu penser ça de cet homme. Jamais sans voir les textos de mes yeux, je n’aurais pu croire à un tel comportement. La trace numérique aurait pu la sauver si les choses avaient dégénéré. Mais en même temps, sans le numérique, l’escalade de violence à l’abri du regard de l’autre aurait été plus difficile.

Le monde à un « piton »

En discutant avec des amis le week-end dernier (dont deux qui travaillent dans une société d’État québécoise), nous parlions du taux d’analphabétisme et du degré de langage dans les communications. Pathétique! Des directeurs qui ne savent pas écrire une ligne sans faire plusieurs fautes. Et que dire de la structure du message. Des illettrés fonctionnels payés à gros prix qui décident comment dilapider les fonds publics.

Nous parlions également des outils technologiques et des difficultés des usagers à lire des instructions simples. Le fameux « code 18 » que tant de techniciens de soutien informatiques vivent tous les jours… un problème à 18 pouces de l’écran, donc la personne qui appelle. Maintenant, le « code 18 » rivalise avec le style « un piton ».

Nous avons parlé du désir voire de l’obsession des dirigeants à faire concevoir un logiciel à un « piton » qui fait des miracles. Parce que remplir quelques champs, c’est trop demander. Les gens sont tellement pressés de tout, qu’ils s’attendent à ne plus réfléchir ou du moins au minimum. Et dans le même souffle, ils se plaignent que l’intelligence artificielle pense à leur place. Une autre incohérence de notre monde. Donc le monde à un « piton » pourrait aussi se nommer la loi du moindre effort.

Le fameux « piton » qui coûte 1 million en développement informatique. Comme le nouveau Klondike d’un beau site à un « piton » où nul besoin n’est de lire, il suffit de choisir le bon « piton » : cela se nomme l’expérience usager, l’ergonomie. C’est un métier très recherché, l’ergonome… plus que l’agronome pour tout dire. L’ergonomie pourrait aussi se résumer à ceci : comment nous amener directement là, où ils veulent avec le minimum de réflexion et le maximum d’intuition. D’ailleurs, dans cette discussion, mon amie me confiait être la première lorsqu’elle est sur un site à dire : « Y’é où le piton? ».

Le problème est que chaque fois que nous enlevons des étapes ou du texte, la facture de développement informatique grimpe. Ce que nous enlevons aux usagers pour ajouter de l’intuitif, c’est de la programmation et souvent même de l’intelligence artificielle.

Ce qui fait que les entreprises riches qui ont les moyens d’offrir l’expérience optimale déterminent les standards que les petites entreprises ne peuvent s’offrir. Pourtant, ils l’exigent de leurs fournisseurs parce que leurs clients l’exigent d’eux malgré un budget rachitique. Et s’ils ne l’offrent pas, ces mêmes clients « bitchent » sur les réseaux sociaux! Achetez local, c’est aussi l’enjeu de l’expérience en ligne avec des moyens très limités. Si votre site est mal fait, ils vont sur Amazon, triste vérité. Un site à plusieurs millions de dollars ne rivalisera jamais avec un site à 5 000 $ et encore moins à 1 000 $

L’avenir dans un monde à un « piton »

Dans ce monde qui permet aux relations humaines de se construire sur un seul piton « envoyer » et qui permet d’échanger plus vite que son ombre, il est plus que temps que nous ayons qu’une seule identité numérique et que les fausses identités soient impossibles.

Et si ton métier requiert de l’anonymat, arrange-toi pour gérer ton réseau ou reste en dehors de la sphère publique. Que des cours de civisme numérique et de savoir-vivre soient obligatoires dans toutes les écoles et même auprès des travailleurs. Que des mesures sévères soient égales à celles que nous imposerions dans le monde réel à pareille offense. Que les gens soient responsabilisés de leurs actes de terrorisme numériques et éduqués à partager une opinion sans détruire les autres.

Et si le Québec et le Canada veulent créer le monde à un « piton » que le financement serve à aider les entreprises à compétitionner à armes égales avec les géants.

En terminant, Dune (sortie en cinéma bientôt) dont la trame de fond raconte l’histoire d’un peuple en l’an 10000 qui s’est rebellé contre les machines pensantes pour retrouver un semblant d’humanité… à ce rythme, ce n’est pas à l’an 10000 que tout ça arrivera… mais demain matin! Mais avant, il y a aura la bataille pour faire en sorte que les humains soient civilisés malgré les machines à un « piton »! Et ça, peut-être dans 8000 ans si je me fie aux commentaires que je lis dans les fils d’actualité.

Rappelons-nous que plus nous mettons la main dans l’engrenage numérique et plus il est difficile de revenir en arrière. Il n’en tient qu’à nous d’exiger des mesures numériques au-delà des mesures sanitaires… parce que le vrai virus commence là…  là où tout peut, la vérité comme les conneries, se répandre de manière virale au bout du « piton ».

Il faudrait apprendre à tourner le « piton » 7 fois sur le clavier avant d’envoyer!

Bonne rentrée et ne tolérons pas le nivelage par le bas dans notre monde qui a besoin plus que jamais de s’élever!

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