Le futur vu par nos politiciens : un éléphant dans la pièce

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Au Québec, nous sommes sur le point d’élire un gouvernement le 1er octobre prochain, nouveau idéalement, selon l’espoir des partisans de trois partis dans la course pour déloger le parti libéral du Québec qui gouverne depuis 15 ans, sauf pour un court 18 mois.

Mon blogue parle de la vie à l’ère numérique et la Présence nécessaire pour réussir en cette ère définie par le changement. Pardonnez-moi d’avance si ce sujet ne touche pas mes lecteurs habituels, mais à vous de décider de lire ce billet ou quitter maintenant. Vous comprendrez toutefois que je sois interpellée par une campagne électorale qui fait fi de ce sujet pourtant crucial pour notre avenir. Si crucial, que la dernière décennie a vu notre paysage économique redéfini par l’invasion barbare du GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) et autres Netflix, Uber, AirBnB de ce monde. Pourtant, tout le monde voyait bien que ces géants dérivaient tout le commerce électronique, les revenus publicitaires et médiatiques. Les politiciens ont regardé le TGV du changement en ne faisant rien, mais absolument rien,ou si peu, que de mettre des bâtons pour tenter d’arrêter un train en marche avec des lois aussi improvisées qu’inutiles. La seule façon de tirer profit du changement est de sauter dans le train qui ne s’arrêtera pas pour nous, ou d’aiguiller les voies pour aller dans une direction que nous choisirons.

Les rails du futur : une voie à choisir dans le présent

Imaginons que nous ayons eu des politiciens branchés sur la réalité en 2008, il me semble que le GAFAM et cie n’auraient pas pu dériver des milliards de taxes et de revenus publicitaires sans que nous en tirions notre légitime part. Il me semble que notre démocratie s’en porterait mieux aussi si nous avions eu des politiciens plus préoccupés par le TGV en marche que leurs scandales, leur prochaine élection ou pire, par leur poche personnelle ou celles de leurs amis.

Nous sommes face à des défis sans précédents dans l’environnement, dans l’économie, la pénurie de main-d’oeuvre et les partis nous parlent de la quantité d’immigrants qu’on doit accueillir pour corriger les anomalies de notre démographie et de notre économie. Mais aucun des chefs, ou porte-paroles, ne semble en mesure d’avoir appris la leçon de la dernière décennie. Les excuses du genre « on ne savait pas » sont dorénavant inacceptables.

En effet, au jeu de la prospective, nul besoin d’être devin pour imaginer que l’IA (Intelligence Artificielle) et autres avancées technologiques auront fait des bonds de géant et que beaucoup d’emplois n’existeront plus pour les humains. Nous irons graduellement, mais nous commencerons par accepter les bars avec des robots barman (déjà en essai à Montréal) commerces sans caissiers (Amazon débarque sur ce terrain avec 3000 points de ventes prévus, avec des ventes de 1000 milliards en ligne, on peut imaginer la suite), ensuite les taxis sans chauffeurs (Google voiture autonome), les services à la clientèle automatisés sans humains (bien commencé, les Chatbots pour preuve), les holodocs qui feront les premiers diagnostics telles des infirmières qui apprendront sans cesse, et j’arrête ici, car vous comprenez que rien ici n’est inventé… tout est là. Alors, imaginons ce qui n’est pas encore là, dans 15, 20 ou 40 ans, il me semble que les cadeaux pour acheter les votes sont clairement un diachylon sur le mal de vision des chefs borgnes, ou porte-paroles, dictés par des électeurs aveuglés par leur quotidien et assoiffés d’individualisme. À qui revient la nécessité de voir devant et d’élever le débat au-dessus des promesses habilement choisies pour plaire aux électeurs courtisés?

Urgence de voir plus loin que le bout de son nez

Dans le Québec de demain matin, rien ne sera épargné, même la façon d’éduquer nos enfants, d’instruire les citoyens, alors quel sort pour les enseignants? La génération de pures analphabètes technologiques sera en voie d’extinction et les millénariaux et leur suite gouverneront. Avec des défis de responsabilités technologiques, mais avec une vision folklorique du passé, balises pourtant essentielles pour avancer dans le respect de l’humain dans ce monde muté en pixels où les relations humaines passent par un écran de 4 pouces ou plus. Comment allons-nous fournir du travail à nos citoyens dans une telle perspective plus que probable et anticipée? L’avènement des transhumains est à nos portes, déjà dans la pièce (voir cet article). J’admets que personne ne veut entendre parler de ça et les politiciens jouent les partitions préférées de l’électorat. Après tout, nous parlons bien des prochaines quatre années et après on recommencera…

Une planification improvisée sur les faits du passé

Pourquoi doit-on absolument accueillir autant d’immigrants si le sort des nôtres est loin d’être garanti dans une perspective qui n’a rien d’un film de science-fiction? Nous avons déjà un immigrant sur cinq assistés sociaux au Québec et plus de 80% de ces derniers sont dans la région de Montréal. Nous voulons qu’ils apprennent le français alors que les jeunes que je vois sur Facebook ne connaissent pas la différence entre « ses » et « c’est » et que la majorité épellent comme ils parlent. Pourtant, n’ont-ils pas fréquenté nos écoles? Et puis, comment allons-nous former les Québécois et les Québécoises pour les rendre aptes au travail actuel et à celui de demain? Déjà, nous devons engagés des cerveaux étrangers, car nous n’en produisons pas assez ici. Je ne compte plus les agences web qui sont constituées par une majorité de Français et de Magrébiens, d’asiatiques de sources variées, et j’en passe. Sans eux, nous ne pourrions fournir à la demande en technologie partout dans les entreprises.

Mais un calcul facile permet de projeter +-500000 immigrants pour la prochaine décennie (les naissances et les morts s’annulent), soit 7% de la population actuelle. Notre système de santé engorgé et autres défis collectifs doivent faire le poids des bénéfices de l’accueil massif. Si le paysage de l’emploi change comme on peut l’anticiper, il faudra bien que tous ces immigrants soient une partie de la solution et non, une partie des problèmes. Nous avons déjà de la misère à s’occuper de nos personnes âgées et soigner notre population, j’appréhende que la pression additionnelle dans un système qui ne suffit déjà pas à la demande puisse être absorbée. Si on ajoute l’absolue nécessité de passer en mode de consommation restreinte, comment l’économie réagira-t-elle? Comble d’ironie, c’est à Montréal que l’un des plus grands pôles de recherches sur l’IA se situe. Nous serons comme l’arbre qui fournit le manche de la hache!

Les arbres qui cachent la forêt

Je ne pense pas que le débat soit au bon endroit dans cette campagne. Personne ne veut plus d’immigrés sur l’aide sociale, pas plus que de Québécois de souche qui en font un mode de vie. On ne veut plus payer pour les réfugiés qui profitent du laxisme de nos traités migratoires, et on veut qu’Ottawa assume les frais qui y sont associés. Nous voulons que l’on se donne des moyens de combler nos besoins en main-d’oeuvre dans une économie en mutation. Je préférerais payer des études à de bons potentiels d’immigrés sur promesse de travailler au Québec et en français, que d’exiger le français avec un test de valeur qui a zéro valeur si on ne peut pas les embaucher pour les emplois actuels et à venir. Un test d’aptitude pour cerner les talents seraient davantage utiles en pareille époque.

Lorsque nous demandons aux chefs ou porte-parole de nous partager leur vision du Québec en 2050, voici les réponses, et je vous invite à deviner quel chef ou porte-parole a dit ça :

1. Nous avons tout pour réussir au 21e siècle. En 2050, le Québec sera l’une des 5 sociétés les plus prospères, instruites et innovantes d’Amérique. Ce sera le cas autant dans nos régions que dans nos grandes villes. Nous aurons le meilleur système d’éducation et serons un exemple de leadership en développement durable et en énergie renouvelables. Et encore, comme aujourd’hui, la société la plus équitable d’Amérique.

2. À un pays indépendant, évidemment. À un pays qui a retrouvé confiance en lui-même et oü il fait bon vivre. À un Québec qui se démarque par son leadership en environnement, qui demeure un paradis pour les familles et qui permet à chaque citoyen de se réaliser pleinement. Ambitieux et dynamique, mais à échelle humaine.

3. En 2050, les Québécois auront retrouver leur fierté. Le Québec sera plus prospère car il aura rattrapé ses retards face aux autres provinces et sera devenu un véritable leader à l’intérieur du Canada. Les Québécois occuperont des emplois beaucoup plus payants. Les efforts en éducation auront porté fruit. Le taux de diplomation des Québécois sera très élevé. Nous aurons des infrastructures modernes, à la fine pointe de la technologie.

4. Un Québec libre tout simplement. Je veux qu’on puisse déterminer nous-mêmes notre avenir. Je veux que le Québec relève le défi de la transition énergétique. Je veux qu’on éradique la pauvreté, on est capables d’y arriver! 2050, c’est dans longtemps, mais c’est maintenant qu’il faut prendre le virage. On a déjà trop attendu.

Comme le voyez, aucun d’entre eux, n’a tenu en compte l’impact des technologies dans un Québec dans plus de 30 ans, pas plus que de l’immigration. Et leur vision est assez identique, outre la place du Québec dans le Canada. Comme si les choses n’allaient pas encore changées plus drastiquement. Comme si le futur était la suite d’un passé en ligne droite. Je suis consternée de l’absence d’un véritable plan numérique, d’un rattrapage urgent sur l’analphabétisme technologique et sur l’impact de l’emploi. Je ne parle pas ici de la gouvernance qui me préoccupe au plus haut point avec tous ces artifices d’intelligence qui seront un jour nos patrons et nos décideurs insidieux dans une économie où nous serons marginaux en tant que société distincte, ou extincte.

Je ne parle pas non plus de l’urgence de l’environnement, car dans 30 ans, il est possible que toutes ces questions soient inutiles si nous ne pouvons nous nourrir convenablement et à prix raisonnables, sortir dehors sans être couvert de la tête aux pieds et si l’eau devient l’or bleu. Il sera bien trop tard pour réduire les gaz à effet de serre… et le seul effet de serre sera dans notre estomac… et peut-être au coeur d’avoir laissé des incompétents nous gouverner. Rappelez-vous que dans l’abondance, tout le monde se montre généreux… mais lorsque les ressources se raréfient la loi de la jungle prend le dessus. Ici, ce n’est pas une vision apocalyptique, mais réalisons que la courbe de la dégradation environnementale s’accélère. Le temps des autruches est révolu.

Et à ceux qui se demandent pour qui je vais voter?

Sachez que ce parti n’existe pas encore tel que je le conçois. Je n’ai pas envie de le créer non plus. Mais, avis aux politiciens qui souhaitent me convaincre et m’utiliser comme influenceure, voici les conditions qu’il me faut:

1. J’ai besoin d’une vision d’avenir plus réaliste qui propose une volonté claire de nous préparer, et nous rattraper, face aux impacts des technologies. Un plan collectif de la place des technologies dans nos vies citoyennes et familiales. Mais surtout de former et accompagner notre population pour ne pas accentuer la fracture numérique entre riches et pauvres (je ne parle pas de perdre son temps sur un mobile ou une tablette). Que nos institutions protègent nos données et que la sécurité informatique ne soit pas qu’un écran de fumée et la proie aux pirates et aux rançons comme dans la MRC de Mékinac.

2. Des mesures économiques qui donnent un coup de barre à l’environnement et qui stimulent le génie créatif de nos entrepreneurs verts. Aucune aide aux pollueurs, mais un soutien indéfectible aux entrepreneurs écologiques.

3. J’ai besoin de savoir que s’enrichir est encore possible si on nous faisons les choses en pensant aux générations futures sans que les créateurs de richesse se sentent coupables s’ils font les choses équitablement.

4. J’ai besoin de savoir que ma famille passera toujours avant les autres que j’accueille à bras ouverts

5. J’ai besoin d’avoir la certitude que nos décisions ici, ne dépendront pas d’un échiquier politique favorable ou défavorable, et ce, peu importe le nom qu’on lui donne, l’autonomie de notre futur en dépend

6. J’ai aussi besoin qu’on puisse rendre le chef imputable de ses mensonges, de ses promesses non tenues, des conséquences de ses choix sur la vie des humains. Je crains aussi les extrêmes, tant à gauche qu’à droite, car selon moi, c’est le signe d’un manque de jugement et d’inclusions, ça nourrit les antagonistes. Nous avons besoin de redresser beaucoup de choses, mais pas au détriment du consensus collectif.

7. Enfin, je rêve aussi d’une société qui mettra tout en œuvre pour axer sur la prévention en santé afin de changer le rapport des gens avec le système de santé. Consultation en prévention et changement d’habitudes alimentaire pour limiter les abus du système à nos frais.

J’arrive à la conclusion qu’un gouvernement minoritaire avec un nouveau parti pourrait déjà changer le mode de scrutin et ajouter au passage des règles pour que toutes décisions ayant un impact pour une génération future, ou plus, et/ou un coût de plus de 100$ disons par citoyen soient soumises à un référendum, comme en Suisse et ailleurs. Nous pourrions aussi nous inspirer de l’Estonie qui a mis au point une société numérique digne de mention. Des e-citoyens capable de voter en ligne pour les enjeux importants, pour ne parler que de ça.

Alors votez pour vos préoccupations, évitez si possible le vote stratégique, de toute façon, ça donne que de l’improvisation au final si on continue comme on l’a toujours fait. Mais je souhaite un gouvernement minoritaire et idéalement, un nouveau pour changer le règne d’austérité sur le dos des plus faibles depuis trop longtemps. L’obligation de gouverner en compromis est nécessaire devant les incertitudes devant. Au final, chaque vote compte, et le tiens, le miens, le nôtre apportent des fonds aux partis pour continuer d’évoluer dans leur pensée, qui avouons-le a bien besoin de projections à long terme plus réalistes et connectés sur la nouvelle réalité qui semble leur échapper.

Bonne réflexion!

Blogue La Présence des idées

PS Si tu as réussi à associer les visions aux bons chefs, ou porte-parole, bravo.

1. PLQ 2. PQ 3. CAQ 4. QS

Note: J’ai mûri cette réflexion depuis un bon moment, mais pendant que je jouais à la gardienne de deux jours pour aider une amie et que le petit Jules de 6 mois dormait à poings fermés, c’est à lui que je pensais. Dans quel monde vivra-t-il à 30 ans?

4 commentaires sur « Le futur vu par nos politiciens : un éléphant dans la pièce »

  1. …article non seulement pertinent mais lucide…

    Merci Sylvie d’avoir partagé…

    François Desnoyers

    65 carol

    Lavaltrie, Québec

    J5T 2B3

    Domicile: 450-586-4875

    Cellulaire: 514-208-6183

    Travail : 855-6INTACT (855-646-8228), poste 61191

    Skype: francois.desnoyers

    Facetime: frankyboy7257@hotmail.com

  2. Bonjour Sylvie. J’ai bien aimé votre billet et je partage votre vision du Québec de demain. Ayant beaucoup voyagé pour la réalisation de mandats au cours de ma carrière, le Québec souffre des mêmes maux que les autres sociétés occidentales avec qui nous partageons des valeurs communes. Notre culture repose sur un héritage français, latin et à la limite romain. L’individu qui vit dans un tel environnement a besoin de percevoir qu’il a le contrôle de sa vie par ses propres moyens et non pas par des systèmes qui viendront faciliter sa vie et sa prise de décision. Nous avons beaucoup à parcourir pour comprendre que la technologie est là pour aider et pour développer notre gestion au quotidien.. Ce n’est pourtant pas l’inverse qui se produit actuellement. Pour ma part, j’ai confiance dans les québécois et les québécoises et je crois que nous parviendrons à trouver un juste équilibre entre le genre humain et la numérisation de notre univers.

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