Bixi, blogues et bullshit (0 – 1 = 1)

Appelez cela de la paresse, de l’opportunisme ou de l’admiration engagée, mais ce blogue est intutilé en hommage à un article de Patrick Lagacé paru le 12 mai dernier qui a suscité beaucoup de réaction dans le milieu des affaires et du marketing. Une réaction qui peut paraître tardive certes, mais quand la poussière retombe les e-motions sont moins réactives et la post-analyse du phénomène média plus facile.

D’abord parlons de Bixi ce nouveau service de vélo libre-service qui place Montréal parmi les capitales mondiales les plus avant-gardistes en matière d’initiative à caractère écologique visant à promouvoir le transport public. Je suis très certainement parmi le public cible. Je commence donc à me renseigner pour savoir comment utiliser ce service. Le lendemain, en discutant avec une amie, je découvre ensuite l’histoire d’un blogue « À vélo citoyens » tout sauf réel visant à créer l’effet du marketing viral du nouveau service Bixi. En relisant toute l’histoire de ce faux blogue inventé de toute pièce par des publicitaires créatifs et ingénieux pour certains et franchement nuls pour d’autres, je fais des découvertes intéressantes qui me rappelle l’importance de défendre une profession qui sait comment s’automutilée. Le plus drôle c’est que malgré la dénonciation par les médias en ligne et hors ligne de cette tactique, le blogue est toujours en fonction sans la moindre allusion ou révélation quant à l’utilisation de sa tactique douteuse. Une invention de toute pièce que les créateurs laissent encore en ligne fièrement sans la moindre excuse malgré le raz-de-marée médiatique négatif sans toutefois l’alimenter, faut-il préciser, depuis le lendemain de la polémique mise à jour par Patrick Lagacé. Le gestionnaire et promoteur n’est nul autre que Stationnement Montréal. Une entreprise qui n’est pas à ses premières lignes grises concernant l’éthique. Michelle Blanc souligne bien la critique généralisée à cet égard par les automobilistes usagers. La seule chose qui ait été faite finalement en lieu et place d’excuses, c’est d’enlever le lien du blogue du site de Bixi, wouhou! quel aveu de culpabilité et manière facile de taire le bruit négatif!

Marie-Claude Ducas rédactrice en chef d’Infopresse a bien résumé ma pensée, je ne crois pas avoir à rajouter à ce que je pense d’une telle usurpation puisque je partage son opinion à 100%. Michelle Blanc a aussi dit tout haut, ce que je n’aurais pas osé dire de façon aussi brutale. Le plus décevant, c’est l’opinion de Jacques Nantel prof aux HEC, spécialiste du marketing  , que j’admire pour sa lucidité en matière d’initiatives marketing qui semble banaliser ce genre de tactiques marketing de guérilla malhonnêtes et extrêmement dommageables pour les blogueurs et marketeurs, qui font l’effort comme moi de partager des préoccupations véritables ou de conseiller les clients à un usage intelligent et honnête du Web 2.0. Je fais aussi référence à mon blogue de la semaine dernière au sujet de l’infobésité qui semble donner raison aux internautes sceptiques, submergés d’informations dont la validité est questionnable.

Finalement, après avoir lu l’article de Patrick Lagacé (que je vous encourage à lire ou relire) vous comprendrez que « Bullshit » est le titre véritable (On Bullshit) d’un livre écrit par Harry G. Frankfurt, prof de philosophie à l’université Princeton et qui parle d’un cancer, qui ronge en ce moment l’avenir de la profession de marketeur, soit la banalisation de la nécessité de distinguer le vrai du faux. M. Nantel, je ne partage donc pas votre sourire en coin (à moins qu’e vous fassiez partie du club des mal cités) qui semble laisser croire et crier au génie d’une telle tactique provenant d’une firme d’amateurs du Web 2.0 qui détruisent les outils marketing en abusant de la confiance des gens. Les vrais marketeurs et les communicateurs  doivent travailler cent fois plus fort pour annihiler le scepticisme des consommateurs créé par des opportunistes qui aiment les raccourcis faciles et dangereux. Je ne parle pas ici de la manipulation potentielle des journalistes, théorie suggérée par les internautes dans les différents blogues sur le sujet en titre. 

Une tendance réelle mais que nous devons combattre haut et fort. Les américains appellent cela de l’«astroturfing» et du «sock puppeting» personnellement j’appelle cela de l’abus de confiance et de l’usurpation d’identité (comme le souligne aussi  Michelle Sullivan  à la communauté « marcom » dans son blogue à ce sujet). Les vrais marketeurs et les marketeurs improvisés doivent être différenciés. Comme les pros du Web 2.0 doivent apprendre à maîtriser le marketing, les marketeurs doivent aussi apprendre à utiliser les outils du Web 2.0, mais surtout à comprendre le sens réel de marketing de proximité. Enfin, je crois que le problème est tellement criant que j’ai pris le temps d’écrire un livre qui adresse, entre autres, cette préoccupation déontologique des marketeurs. Mon livre  en cours de révision auprès de mon comité de lecture aura un effet bousculant dans le milieu « marcom » si je me fis à la division des professionnels à ce sujet. Désolé pour ceux qui ont encensé la manoeuvre, mais je me désole pour la profession si les Roger Bon temps et les « Steinberg » voient là un manque de sens de l’humour du consommateur! Ha!Ha! Rions de nous et non d’eux, étant incapables de se rallier sur un simple cas de déontologie!

Les résultats finaux sont donc : Bixi (match nul) = 0, Blogues (grand perdant) = -1 et « Bullshit » (grand gagnant) = +1

Merci Patrick Lagacé et cie, votre lucidité nous laisse un peu d’espoir de gagner ce combat contre la « Bullshit » et continuons en bloguant et commentant!

P.S. Certains penseront peut-être que finalement tout le bruit médiatique à propos de Bixi aura été une réussite, mais sachez que Stationnement Montréal et Morrow Communications sont les perdants et peut-être un peu les veaux sacrifiés dans ce débat de société! Dieu merci, Bixi est un service public, pour eux les dommages sont moins grands.

signaturesb

4 réflexions sur “Bixi, blogues et bullshit (0 – 1 = 1)

  1. En faisant des recherches pour le code de déontologie des marketeurs, je n’ai rien trouvé ni dans le site de l’APCM.biz ni dans le site de l’AMA. Je suis bouche bée, car il semble que la profession n’affiche pas son code de conduite, mais je sais qu’elle en a un…secret il me semble.

    J’ai trouvé par contre un code de déontologie de l’association affiliée WOMMA (Word of Mouth Marketing Association) qui dit que l’ursupation d’identité est probihibée dans les tactiques de marketing viral

    « The WOMMA Code starts with giving control to the consumer and protecting them at all times. Having an honest relationship, opinion, and identity are also necessary factors. WOM marketers must follow the rules of the communication venues, manage relationships with minors responsibly, engage in honest downstream communications, and protect the privacy of consumers. WOMMA believes that if their Code is followed trust will be achieved with consumers which will lead to successful WOM marketing »…

    Fiou…j’ai eu peur de tomber dans un trou noir de l’éthique marketing!

  2. Me voilà avec des commentaires anonymes, mais la pertinence est le critère # 1.

    Je publie donc avec mon nom à la demande de mon ami… J!

    J’ai lu ton dernier blogue sur le Bixi mais je ne suis pas prêt à faire un commentaire public. SVP ne pas publier mon nom.
    BIXI = J’adore.
    Leur campagne blog / usurpation d’identité = Déplorable.

    Pour t’aider dans tes recherches, tu n’as pas à aller très loin. Le Code de déontologie de Canadian Marketing Association (CMA) te donne les réponses…
    http://www.the-cma.org/?WCE=C=47|K=225849
    I5 Disguise
    I5.1 Marketers must not engage in marketing communications in the guise of one purpose when the intent is a different purpose.
    I5.3 Marketers must not mislead or deceive consumers or businesses into believing that a marketing communication is news, information, public service or entertainment programming when its purpose is to sell products or services or to seek donations to causes or charities.
    I5.4 Marketers should avoid undercover or word-of-mouth marketing initiatives that encourage a consumer or business to believe that the marketer’s agents are acting independently and without compensation when they are not.
    Curieux que Jacques Nantel n’en ait pas fait mention… J’espère que les codes d’éthique sont encore aux programmes du BAC des HEC…
    Morrow Communications n’est pas membre de la CMA; contrairement aux Cossette, Bos, etc. de ce monde…

    J

  3. Pingback: Net et pas clair! « Sylvie Bédard

  4. Pingback: Le paradoxe de la transparence : dire ou se taire? | Sylvie Bédard - La vie 2.0

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